Qui sera le prochain patron de l'Union internationale des télécommunications (UIT)? Quel rôle jouera cette institution fondée en 1865 et basée à Genève ces prochaines années? Qui financera son budget? Changera-t-elle de nom? Outre l'édition de 2009, Genève pourra-t-elle organiser les prochains salons Telecom?

Telles sont les nombreuses questions à l'ordre du jour de la Conférence de plénipotentiaires, l'organe suprême de l'UIT, qui se réunit du 6 au 24 novembre dans la station balnéaire d'Antalya, en Turquie. Près de 2000 délégués gouvernementaux et du secteur privé participent à cette réunion qui a lieu tous les quatre ans. Décryptage des enjeux.

• Des élections disputées

Six candidats - Roberto Blois (Brésil), Marc Furrer (Suisse), Matthias Kurth (Allemagne), Montasser Ouali (Tunisie), Hamadoun Toure (Mali) et Muna Nijem (Jordanie) sont en lice pour succéder à l'actuel secrétaire général, le Japonais Yoshio Utsumi. Le candidat suisse mène sa campagne depuis plusieurs mois, promettant de réformer l'UIT en cas d'élection. Son entourage regrette que l'Europe dans son ensemble n'ait pas pu soutenir une seule candidature. L'autre prétendant européen, l'Allemand Matthias Kurth, apparaît en effet comme le favori. Il bénéficierait de l'appui des Etats-Unis et de nombreux pays africains qui entretiennent de bonnes relations avec l'Europe.

• Quel financement?

Le budget ordinaire 2004-2005 s'élevait à près de 330 millions de francs, dont 69% ont été payés par les Etats membres, 12% par le secteur privé (l'industrie des télécoms) et 16% par les activités annexes, les salons Telecom par exemple. Comme toutes les institutions internationales, l'UIT subit des baisses des contributions, notamment de la part de la Grande-Bretagne, des Pays-Bas, de la Suède et de l'Autriche. L'organisation a déjà réduit son budget de fonctionnement, créant beaucoup de mécontentement au sein de son personnel. Les membres lui assignent également des tâches supplémentaires coûteuses. A Antalya, les débats sur le budget s'annoncent d'ores et déjà particulièrement animés. La direction de l'UIT compte obtenir un plus grand engagement financier de la part des membres comme du secteur privé.

• Réformes en vue

L'UIT est actuellement dirigée par un secrétaire général, mais ce dernier n'est pas le seul capitaine à bord. Trois directeurs sectoriels (radiocommunications, normalisation, développement) également élus par la conférence plénipotentiaire, fonctionnent de façon indépendante. Le secrétaire général partant souhaite une meilleure synergie. En avril denier, il a fait une sortie en règle contre le secteur «développement», disant «qu'il n'avait pas assumé ses responsabilités. Pour différentes raisons, il a cessé d'entreprendre des projets valables et du personnel compétent a demandé son transfert à d'autres secteurs». Selon lui, le secteur «développement» doit être chargé principalement de combler le fossé numérique entre le Nord et le Sud. Il plaide pour que celui-ci soit à l'avenir rattaché directement au secrétaire général.

• Nom inadapté

Selon Yoshio Utsumi, l'appellation UIT ne reflète pas la vraie mission de l'organisation et encore moins sa proximité avec les agences onusiennes et avec la Banque mondiale. «Sans un vrai partenariat avec celles-ci, nos efforts seront limités dans le petit cercle de l'industrie de la télécommunication», a-t-il fait comprendre.

• Salons: préserver les chances de Genève

Dans une résolution qui sera présentée à Antalya, le groupe européen souhaite la fusion du World Telecom avec les salons régionaux (Afrique, Asie, Europe et Amérique du Sud) qui sont souvent déficitaires. Il souhaite aussi que l'organisation du salon mondial soit assurée selon un mode tournant, c'est-à-dire ville après ville. Après avoir soutenu cette résolution, la Suisse est revenue en arrière sous la pression du canton de Genève qui a investi des millions pour accueillir des grandes foires internationales et qui serait exclu pour organiser les futurs salons, hormis celui de 2009 pour lequel il a déjà été désigné. La Suisse veut en effet préserver les chances de Genève pour organiser la manifestation.