Automobile

L’aventure chinoise de Tesla sera risquée

Le constructeur de voitures électriques haut de gamme s’apprête à disposer de sa propre usine dans l’Empire du Milieu, ce qui serait une première pour un constructeur étranger. Mais il devra s’acquitter de taxes qui continueront à y rendre ses voitures plus chères qu’aux Etats-Unis

Ce serait une première pour un constructeur automobile étranger. Aucun n’a, pour l’heure, construit sa propre usine en Chine. Et Tesla pourrait être le premier, à en croire le Wall Street Journal de ce week-end. L’information, crédible au vu des ambitions déjà affichées par la société dirigée par Elon Musk, ne sera pas sans risque, notamment du point de vue du niveau de taxation des véhicules.

Selon le quotidien américain, le fabricant établirait une usine de production dans la zone de libre-échange de Shanghai. Ce serait la deuxième usine de la société, après celle de Fremont, en Californie, où sont actuellement fabriqués les modèles S, X et depuis cet été le modèle 3. Ni Elon Musk, adepte de la communication par Twitter, ni Tesla n’ont pour l’heure confirmé cette information.

En juin, le fabricant avait écrit dans un communiqué travailler «avec l’administration municipale de Shanghai pour explorer la possibilité d’établir une usine dans la région pour servir le marché chinois», ajoutant que le groupe serait prêt à en dire plus «d’ici à la fin de l’année».

La moitié du marché mondial

Une telle usine serait importante à plusieurs égards pour Tesla. D’abord pour servir directement le marché chinois, qui représente actuellement 15% de ses ventes, soit le triple par rapport à 2016. Selon Bloomberg, le constructeur américain détient actuellement 8,6% du marché des voitures électriques en Chine, le solde étant contrôlé par des fabricants locaux. L’Empire du Milieu représente actuellement la moitié du marché mondial des voitures électriques, selon la société de conseil LMC Automotive, citée par le New York Times. Cette année, 295 000 modèles devraient y être vendus, contre 287 000 dans le reste du monde. L’an prochain, le marché chinois devrait tripler, alors que le marché mondial doublera, toujours selon LMC Automotive.

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Une nouvelle usine en Chine devrait aussi permettre à Tesla d’accroître sa production globale, une nécessité pour atteindre ses objectifs. Rappelons que la société a produit 84 000 véhicules en 2016, devrait atteindre les 100 000 unités cette année et vise 500 000 modèles en 2018 et jusqu’à un million de véhicules d’ici à 2020. Jamais Elon Musk n’a dit comment il allait atteindre ces deux derniers objectifs – un temps évoquée, l’idée d’une usine en Europe ne s’est pas concrétisée.

S’implanter en Chine ne s’annonce pas facile. Les autres constructeurs étrangers ont opté pour une coentreprise avec une société locale. Cette dernière doit détenir 51% du capital de la coentreprise et a accès à des informations sensibles liées à des technologies et des brevets. General Motors s’est ainsi associé à SAIC Motor Corp et Ford avec Changan Automotive.

Une taxe de 25%

Avec sa propre usine, Tesla aurait les coudées franches. Mais la société américaine devrait toujours payer, en théorie, 25% de taxes sur les véhicules produits. Ils seraient en effet considérés comme des importations, car venant d’une zone de libre-échange. Mais Tesla pourrait en partie y échapper, selon un professeur de l’Université de Tianjin, cité par le journal Caixin et traduit par Quartz: si les pièces assemblées viennent en grande partie de Chine, la taxe pourrait être moins élevée.

Tesla devra aussi être en permanence attentif à la réaction du gouvernement chinois par rapport aux entreprises américaines. Dans le secteur technologique, Google et Microsoft se plient régulièrement à de nouvelles règles édictées par Pékin. Début octobre, Apple retirait par ailleurs de son magasin d’applications local celles offrant un VPN, soit un moyen aux internautes chinois de consulter des sites censurés par le régime. Tesla, pour qui les logiciels embarqués sont de plus en plus importants, risque d’être confronté à l’avenir à des requêtes émanant du gouvernement.

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