La saturation des aéroports freine les jets privés. Sur plus de 3000 tarmacs en Europe, une dizaine poserait de sérieux problèmes. Dont celui de Genève. «Faute de place à Cointrin, nous utilisons de plus en plus les alternatives voisines, comme Lyon, Chambéry, Annecy et Sion», souligne Clément Lauriot-Prévost, directeur associé de NetJets Europe, la principale compagnie du continent.

En 2016, seuls 43,3% des mouvements opérés en Suisse par cette filiale appartenant au milliardaire Warren Buffet, l’ont été depuis le bout du Léman. Un taux qui s’inscrit en baisse, également pour d’autres transporteurs privés, vu le manque de place à Cointrin.

Gel des réflexions

Pour ne pas perdre leur rang de 2e plus important point de chute d’Europe (après Paris) pour les jets, les autorités aéroportuaires ont imaginé une parade. Son nom de code: «aire nord», soit l’un des 5 projets de développements jusqu’ici majeurs du tarmac, prévoyant notamment la création d’un nouveau terminal VIP. Le coût d’éventuels travaux a été estimé à l’époque à 250 millions de francs. De quoi réjouir les milieux de l’aviation d’affaires à Genève.

Quoique. Issu du plan directeur 2016-2025, le projet «aire nord» est aujourd’hui à l’arrêt. Ceci, malgré la décision en décembre dernier de fermer la piste en gazon dédiée aux vols de loisirs, laquelle se situe dans ce même périmètre.

Plan muet concernant les jets

Le plan stratégique d’investissements prévus jusqu’en 2022 à Cointrin, dont «Le Temps» a pris connaissance, reste muet sur la question des jets. Il détaille les dépenses prévues ces cinq prochaines années comme suit: 60 millions de francs d’ici fin 2017 pour aménager le terminal T1, plus de 540 millions pour l’élargissement de l’aile est et la rénovation du tarmac, près de 230 millions pour augmenter la capacité de traitement des bagages, etc. Soit un total de plus de 900 millions de francs, mais sans solution directe au problème de l’aviation privée.

Ce projet est au stade d’esquisse papier. Rien n’est encore décidé

Pourquoi l'«aire nord» est la grande absente du nouveau calendrier de Genève Aéroport? «Ce projet est au stade d’esquisse papier. Rien n’est encore décidé, et rien ne pourra l’être avant l’élaboration définitive de la fiche PSIA [ndlr: feuille de route censée dresser les contours du développement de Cointrin à l’horizon 2030]», indique le porte-parole de la plateforme genevoise.

Le projet Cointrin Vision, qui était aussi au stade d’ébauche, a depuis été abandonné pour un programme plus mesuré. Faut-il craindre le même sort pour l'«aire nord»? «Nous ne fermons la porte à aucune hypothèse concernant ce projet. L’aviation d’affaires est importante pour Genève. Nous devons absolument conserver ce segment, que ce soit au nord du tarmac ou ailleurs. Nous avons d’ailleurs clairement signalé dans le cadre des négociations PSIA, notre volonté marquée d’accorder de la place à cette activité», conclut le porte-parole.