L’aviation d’affaires pourrait assurer l’avenir d’un aérodrome d’Annecy privé de ligne

Transport La plateforme haut-savoyarde mise sur le trafic d’affaires. Cointrin l’y encourage

L’avenir de l’aérodrome Meythet d’Annecy demeure incertain. La reprise en 2011 de la ligne Paris-Annecy par la compagnie Chalair avait ravivé l’espoir d’une survie pérenne. Mais les mauvais résultats d’exploitation enregistrés deux années plus tard ont conduit à la fermeture de cette desserte en 2013.

De 57 000 passagers en 2008, la plateforme a décroché à 12 000 en 2012 et à 2000 clients le premier semestre de 2013. Par ailleurs, les mouvements commerciaux et non commerciaux sont en baisse de respectivement 14,8% et 25,8%, selon des chiffres de l’Union des aéroports français repris par Le Dauphiné Libéré. Interrogé par Le Temps, l’exploitant actuel de l’aéroport, SNC-Lavalin – qui le gère depuis fin 2012 –, ne confirme ni n’infirme ces chiffres.

Une question de survie

Dans ce contexte difficile, le groupe canadien souhaite développer l’aviation d’affaires. «C’est un segment en forte expansion en ce moment» confirme Youssef Sabeh, le vice-président Opération et Maintenance. «La fin de la ligne Paris-Annecy a impacté les mouvements commerciaux mais cela reste mesuré, elle a en outre été compensée par une augmentation du trafic d’affaires», poursuit Youssef Sabeh.

Ces vols d’affaires pourraient donc se multiplier. Mais l’exploitant se veut prudent car le contrat de délégation de service public qui le lie avec le département inclut un développement mesuré de l’aviation, en raison des plaintes des riverains. De son côté, le département de Haute-Savoie, propriétaire du site, ne s’inquiète pas outre mesure même si la question de la survie de l’aérodrome demeure posée. «La ligne Annecy-Paris fréquentée essentiellement par des hommes d’affaires était la raison d’exister; mais nous avons calculé qu’avec 20 000 passagers par an le site est viable, ce chiffre pourra être atteint», explique Christian Monteil, président du Conseil général. «Que l’exploitant mise sur l’aviation d’affaires ne nous trouble pas, il a prouvé qu’il pouvait équilibrer ses comptes», poursuit ce dernier.

Pas de «délestage» genevois

«Le déficit a été de 107 000 euros l’an passé, nous nous sommes ­engagés à subventionner son ­fonctionnement à hauteur de 120 000 euros; le Conseil général n’a en conséquence participé qu’à hauteur de 10 000 euros, une peccadille», assure le président de ­l’assemblée départementale.

Un accroissement des voyages d’affaires sur Annecy n’aurait aucune conséquence sur le trafic de Cointrin. L’aéroport genevois est la deuxième plateforme européenne pour l’aviation d’affaires après Paris-Le Bourget. La partie ouest de son tarmac est dédiée à ces appareils avec 75 places de stationnement. «Une rumeur laisse entendre que Cointrin souhaite se délester sur Annecy pour ce trafic d’affaires qui ne rapporte pas beaucoup d’argent car les taxes d’atterrissage sont calculées en fonction du poids de ces avions qui sont le plus souvent légers. C’est faux. Nous voulons perpétuer cette tradition liée à la spécificité de Genève», rétorque Bertrand Stämpfli, porte-parole de Genève Aéroport.

Il reste que Cointrin connaît des périodes de saturation qui ne permettent pas d’accueillir tout le trafic privé. Dans ce cas, les pilotes se déroutent sur Annecy voire Chambéry. «L’autoroute qui relie désormais Annecy à Genève facilite les choses», avance le porte-parole. Il n’existe pas d’accord formel entre les deux aéroports voisins. Mais Genève encourage Annecy à développer ce créneau très porteur. «Ce type d’avion peut se poser sur des pistes courtes, il y a vraiment un marché potentiel pour Meythet», affirme Bertrand Stämpfli.