Pour commencer, deux lieux communs. L'investissement immobilier, par le biais de l'achat d'une résidence principale ou secondaire, représente pour la plupart des salariés le placement le plus important qu'ils effectueront durant leur vie active. En raison de la baisse des taux d'intérêt, les effets du récent marché baissier ont pu être atténués – du moins pour le moment – mais au risque de déclencher dans certains pays (Etats-Unis) une autre bulle spéculative, dans l'immobilier cette fois.

Le deuxième lieu commun: l'avoir des assurés dans leur institution de prévoyance constitue très souvent aussi leur poste de «fortune» le plus élevé, bien supérieur souvent à leur épargne individuelle, à leur portefeuille de fonds ou de titres, voire à leur mise de départ pour l'acquisition d'un immeuble. En Suisse, épargne obligatoire et immobilier sont d'ailleurs explicitement liés depuis l'entrée en vigueur de la loi sur l'accession à la propriété au moyen des avoirs du deuxième pilier.

Mais votre caisse de pension est-elle sûre? Et que faire si elle ne l'était pas? Après la chute de tant d'icônes du capitalisme financier débridé de la dernière décennie, en Suisse comme aux Etats-Unis, n'y a-t-il pas lieu de s'inquiéter de ce gros «bas de laine» qui dort dans votre institution de prévoyance, de cette grosse «créance» que vous détenez sur la caisse de pension de votre employeur? Car que vaut véritablement cette créance?

En Suisse, la «sécurité» de l'institution de prévoyance repose sur plusieurs piliers. Il y a d'abord deux contrôles indépendants destinés à évaluer l'équilibre financier de la caisse, d'une part par une société de révision pour les aspects comptables et par l'actuaire-conseil pour les questions d'assurances, résultats qui sont ensuite remis à l'Autorité cantonale de supervision des fondations pour information. Il y a ensuite la séparation complète entre les avoirs de l'entreprise et la fortune de prévoyance de ses employés, confiée soit à une fondation autonome ou semi-autonome, soit à une compagnie d'assurances. Cette solution rend ainsi impossible toute mainmise de l'entreprise sur les avoirs de prévoyance. A cet égard, au cours des dernières années les prêts de la caisse à l'employeur ont été encore limités, de même que les placements directs dans ses actions. En outre, le fonds fédéral de garantie, financé par les contributions des caisses elles-mêmes et non par l'Etat, assure les prestations de base au sens de la LPP et agit comme un filet de sécurité; ces prestations minimales – mais uniquement celles-là – sont ainsi «sûres», au même titre que peuvent l'être les placements d'épargne effectués par des particuliers dans les banques helvétiques. Last but not least, il y a la garantie, implicite mais très effective, de l'entreprise fondatrice. D'ailleurs, à moins que sa situation financière ne soit vraiment très difficile, aucun employeur ne saurait accepter une caisse en déroute, sans mettre aussi en danger les relations professionnelles harmonieuses au sein de l'entreprise et la productivité de son personnel. Dans son ensemble, le réseau de garanties en vigueur semble donc très solide et efficace, le paramètre déterminant étant la santé et la capacité financières de l'entreprise.

Néanmoins, on peut s'attendre à ce que plus d'une société suisse se voit indirectement contrainte au cours des prochains mois ou années, nolens volens, à effectuer un ou plusieurs paiements «extraordinaires» à sa ou à ses institutions de prévoyance, alors que les assurés devront peut-être aussi y mettre de leur poche. Ce n'est évidemment pas une bonne nouvelle pour les directions d'entreprises, ni pour les investisseurs dans des sociétés suisses cotées, car ces versements (toutefois fiscalement déductibles) réduiront d'autant les marges brutes, déjà bien mises à mal par la conjoncture. Mais ils se consoleront peut-être en pensant à la situation encore bien plus inconfortable de nombre de leurs homologues américains ou britanniques, qui opèrent dans des pays où la séparation entre entreprise et institution n'est pas aussi rigoureuse que sous nos latitudes – ce qui s'avère très bénéfique en période de hausses boursières, puisque les gains de cours rendent superflues les cotisations patronales (ce que traduit le joli terme de «pensions holidays»), mais très néfaste en périodes de baisses. Ainsi, on estime que le découvert (à financer) des caisses de General Motors dépasserait les 4 milliards de dollars, que celui de Pfizer atteindrait les 800 millions. US Airways, confronté à un découvert du même ordre, vient de se mettre sous la protection de la loi américaine sur les faillites…

g.lusenti@bluewin.ch