Alors que les petits porteurs assistent, impuissants, à la dégringolade des indices boursiers, certaines entreprises entament une réflexion sur leur statut de société cotée.

Bien que porteur d'un certain prestige, ce statut n'en comprend pas moins un nombre important d'obligations: rédaction de rapports de gestion, établissement des comptes conformément aux normes comptables imposées, devoir d'information selon les formes prescrites, organisation d'assemblées générales ou autres conférences destinées aux analystes.

La liste de ces obligations tend en outre à s'allonger. A titre d'exemple, la Bourse suisse a récemment décidé d'imposer la présentation des comptes conformément aux normes IFRS (International Financial Reporting Standard) dès 2005 pour toutes les sociétés cotées au segment principal. Le maintien des conditions de cotation prend donc de plus en plus de temps, coûte de plus en plus cher et mobilise une part toujours croissante des ressources internes de l'entreprise.

A cela s'ajoute le fait qu'un cours boursier régulièrement orienté à la baisse représente un facteur déstabilisant pour tous les partenaires de l'entreprise. Fournisseurs, bailleurs de fonds et collaborateurs finissent immanquablement par s'interroger sur les qualités réelles d'une entreprise dont le cours de Bourse semble s'enfoncer chaque jour davantage.

La situation des petites et moyennes capitalisations s'avère particulièrement difficile à cet égard. Les marchés financiers sont en effet dominés par les investisseurs institutionnels. Afin de réduire les risques de leur exposition en actions, ces derniers tendent actuellement à privilégier les grandes capitalisations, pour lesquelles il existe en permanence un marché liquide, qui permet de réaliser des positions importantes en peu de temps et sans influence notable sur le cours. Indépendamment de leurs qualités intrinsèques, certaines petites et moyennes capitalisations sont ainsi délaissées et voient leur cours s'éroder. Ajoutez à cela le fait qu'il ne leur sera pas non plus possible de lever des fonds par le biais de la Bourse dans le contexte actuel, et la question d'un possible «going private» se posera de façon naturelle.

Par opposition au «going public» (expression anglophone consacrée pour évoquer une introduction en Bourse), le «going private» est une opération par laquelle une personne (ou une société) présente une offre publique d'acquisition (OPA) portant sur tous les titres d'une société cotée, afin de retirer ces titres de la cote. Une telle opération n'a évidemment de chance d'aboutir que si le prix offert dans le cadre de l'OPA est supérieur au prix du marché.

Ainsi, la société Hesta, actionnaire majoritaire de Zellweger Luwa, a offert une prime de 51% sur le cours de Bourse afin d'acquérir les titres cotés qu'elle ne contrôlait pas encore. Elle fut suivie par la fondation Hilti, qui a offert une prime de 34% pour les bons de participation Hilti qui n'étaient pas encore en sa possession.

Quelle est la prochaine société pour laquelle une prime sera offerte afin de lui permettre de quitter la Bourse? Prendre un pari serait extrêmement risqué et constituerait à n'en pas douter un acte de spéculation hasardeuse. Les candidats cités sont essentiellement de petites capitalisations dominées par un actionnaire de référence, et leurs titres ne jouissent généralement pas d'une liquidité suffisante pour être destinés aux petits porteurs.

Une autre question qui circule actuellement dans les milieux financiers est la suivante: si un fonds d'investissement tentait de prendre le contrôle d'une société cotée dont il estime le cours sous-évalué du fait d'un manque d'intérêt passager des investisseurs, lui sera-t-il ultérieurement possible de réintroduire les titres de ladite société en Bourse ou devra-t-il trouver un autre moyen pour réaliser une éventuelle plus-value?

A la connaissance du soussigné, le marché suisse n'a connu aucun précédent en la matière.