Après des mois d'un calme olympien sur le front des introductions en Bourse, la procédure tendant à faire admettre les actions BKW FMB Energie SA (soit les ex-Forces motrices bernoises ou FMB) à la cotation et au négoce au SWX Swiss Exchange (SWX) ne pouvait que susciter une vive curiosité dans les milieux financiers helvétiques.

Cette démarche n'aurait sans doute pas retenu l'attention au moment de l'explosion des introductions en Bourse (28 introductions au seul SWX en 2000!). En ce printemps 2003, la nouvelle n'est toutefois pas passée inaperçue. Bon nombre de quotidiens populaires se sont faits l'écho de ce qui a parfois été qualifié de «première introduction en Bourse de l'année».

D'un point de vue technique, il ne s'agit pas à proprement parler d'une introduction en Bourse. Ce terme est en principe réservé à l'admission à la cotation de titres de participation non encore cotés. Dans la mesure où les 510 000 actions FMB offertes au public (80% de ces titres appartenaient au canton de Berne, les 20% restants à la Banque Cantonale Bernoise) étaient d'ores et déjà émises et cotées au BX Berne Exchange, il s'agissait plutôt d'un placement secondaire (secondary offering). La particularité de ce placement résidait toutefois dans le fait que les titres allaient bénéficier d'une cotation supplémentaire au segment principal du SWX (tout en restant cotés au BX Berne Exchange).

Alors que le cours boursier d'un titre fluctue en fonction de l'offre et de la demande, la difficulté d'un placement secondaire réside dans le fait que le cours ne manquera pas d'être mis sous pression par l'afflux sur le marché des titres à placer (à plus forte raison s'agissant d'un titre présentant une faible liquidité, comme c'est le cas de l'action FMB). La tâche principale de la banque chargée d'exécuter une telle transaction consistera donc à tenter d'obtenir un prix de placement qui soit aussi proche que possible du cours de Bourse.

En l'occurrence, l'admission des actions FMB au SWX avait notamment pour but d'élargir le cercle des investisseurs potentiels (certains investisseurs institutionnels n'ont en effet pas le droit d'investir dans des titres cotés sur une place secondaire, et le SWX offre également une visibilité supérieure au BX Berne Exchange). La demande en actions FMB devait s'en trouver renforcée, et la transaction facilitée.

Afin de mener sa tâche à bien, la banque chargée d'exécuter la transaction a choisi de constituer un livre d'ordres (procédure dite de bookbuilding). Sur la base d'une quantité d'informations (fournies par écrit et dans le cadre de présentations de l'entreprise), les investisseurs sont priés d'indiquer la quantité et le prix des titres dont ils souhaiteraient faire l'acquisition. La banque consolide ensuite ces données en vue de définir le prix de placement.

Ainsi, dans le cas des FMB, seuls 410 000 des 510 000 titres offerts ont finalement trouvé preneur au prix de 320 francs l'unité. Une semaine avant la communication de ce prix, les actions FMB se négociaient encore à 374 francs. Un porte-parole de la société a précisé qu'il aurait été possible de placer l'intégralité des actions offertes; le prix aurait toutefois été sensiblement inférieur. Le prix obtenu a par ailleurs été jugé satisfaisant par la société, dans la mesure où il était supérieur à la moyenne du cours boursier des douze derniers mois. Avec l'admission au SWX, l'élargissement de l'actionnariat et l'intégration dans le Swiss Performance Index, les FMB communiquaient avoir atteint l'essentiel de leurs objectifs.

Tout en comprenant le soulagement éprouvé par les FMB, certains observateurs avertis n'ont pas manqué de nuancer ce constat. Des réserves ont notamment été émises quant au prix du placement, qui peut paraître modeste au regard des bons fondamentaux de l'entreprise. Mais c'est surtout le peu d'intérêt réel témoigné par les investisseurs qui peut laisser songeur. Et si l'on dit d'une hirondelle qu'elle ne fait pas le printemps, force est de constater que l'admission des FMB au SWX ne peut sans doute être interprétée comme le signe avant-coureur d'une recrudescence de ce type de transactions.