Ceci pourrait devenir le feuilleton de l'été. L'ascension de l'action Saurer se nourrit presque quotidiennement d'ingrédients qui rappellent la reprise d'Unaxis par les Autrichiens de Victory. Ronny Pecik et Mirko Kovats ont eux-mêmes cité le groupe d'Arbon comme exemple de sous-évaluation. Mais la piste viennoise n'est pas la favorite des investisseurs. Lesquels lui préfèrent celle de l'île de Man, où réside Laxey Partners. Le gérant de hedge funds détient 13,1% du capital de Saurer, 13,9% même si l'on intègre la future réduction du capital. Et rejette catégoriquement le rôle d'intermédiaire. Roger Bühler, son directeur d'investissement, déclare à la NZZ am Sonntag n'investir que pour son propre compte et par ses propres véhicules de placement.

Roger Bühler est bien connu en Suisse. Ce Bâlois de 33 ans, analyste CFA, a débuté sa carrière auprès de PricewaterhouseCoopers, dans le «corporate finance», avant de travailler pour A & A Actienbank, la société zurichoise créée par Ernst Müller-Möhl, qui détint un quart du capital d'Ascom. Roger Bühler a ensuite rejoint Active Value Advisors, à Londres et à Genève, avant d'entrer chez Laxey. Il est par ailleurs administrateur du groupe suédois Pergo et, depuis cette année, de MachHitech, un fonds technologique coté en Suisse.

Le gérant britannique détient en Suisse 5,1% de private equity, 5% de absolute private equity et 37% de MachHitech. Roger Bühler cache bien sûr ses intentions. Il motive son action uniquement par la sous-évaluation du titre Saurer. Notamment des éléments financiers et fiscaux insuffisamment pris en compte. Les analystes financiers peinent à partager ce sentiment. Certes le groupe est bien géré, bien positionné, dispose d'un solide bilan et d'une riche trésorerie, mais l'objectif de cours de 90 francs a été atteint, selon un rapport de la Banque Leu de la semaine dernière. Pour LODH, hors spéculations de reprises, le titre Saurer est surévalué et Rieter, l'alter ego dans le textile, sous-évalué. Mais les spéculations sont bien là, portant le titre à plus de 100 francs lundi matin, soit à un niveau inconnu depuis 2000. A 1,5 milliard de francs, Saurer a quadruplé sa valeur en trois ans et s'échange à 14 fois son bénéfice net estimé pour 2005.

Après que des rumeurs, non confirmées, de l'intérêt du géant américain Honeywell, l'énorme activité rencontrée autour du titre se fut portée sur la BZ Bank de Martin Ebner. Le spécialiste des options couvertes n'a-t-il pas, ainsi que le mentionne le Finanz und Wirtschaft, procédé mi-juin à une émission (SAUJO) avec prix d'exercice à 85 francs? Le nombre d'actions nécessaires à la couverture des options correspond à 4% du capital de Saurer.

Le conseil d'administration de Saurer, son président Giorgio Behr en tête, déclare disposer des armes prêtes à repousser une reprise. Quitte à lancer lui-même l'offensive. Pour l'instant, les pièces du puzzle se mettent en place, mais personne ne peut imaginer sa forme définitive. Roger Bühler dit ne pas connaître Ronny Pecik, mais avoir rencontré Giorgio Behr, en ajoutant qu'«il n'y a pas de lien entre Behr et nous».