Innovation

Lea von Bidder, les start-up dans la peau

Elle a co-fondé sa deuxième entreprise. Spécialisée dans les appareils mesurant la fertilité avec une technologie de pointe, Ava a été créée à Zurich. Désormais, la Suissesse de 26 ans dirige l’antenne californienne, ouverte pour lancer le produit aux Etats-Unis

Au milieu de la salle trône un baby-foot. Plus loin, un coin canapé. Le reste est constitué de places de travail et de petits locaux de réunions. Pour un espace de coworking, à San Francisco, c’est un peu le tarif minimum. D’autres ont des mini-murs de grimpe ou des plates-bandes de faux gazons avec des chaises longues. Vu le travail que Lea von Bidder a sur la planche, elle ne doit pas avoir beaucoup de temps à perdre.

Cela fait quelques mois que le produit de la start-up qu'elle a confondé avec plusieurs autres personnes, Ava, est en précommande sur un site américain. Et depuis juillet que les premiers paquets ont commencé à être envoyés. Pour l’instant, la start-up zurichoise, qui a choisi de se lancer d’abord aux Etats-Unis, peine à suivre la demande. Il faut dire que nul n’a encore vu un outil pareil: un bracelet connecté, dont la technologie a été développée au CSEM (Centre suisse d'électronique et de microtechnique), en partenariat avec l'EMPA (les laboratoires fédéraux d'essai des matériaux et de recherche) et l'hôpital universitaire de Zurich. et qui permet de mesurer la fenêtre de fertilité des femmes cherchant à être enceintes. Le tout pour 199 dollars (196,70 francs). La Suisse viendra plus tard.

Des millions de données

Grande, élancée, blonde, la Suissesse de 26 ans, qui s’est installée à San Francisco il y a un an, se montre passionnée par son sujet. «Nous sommes capables de tout faire avec la technologie: commander des taxis, se faire livrer à la maison, etc. Mais cela fait depuis les années 1920 que les femmes utilisent le même moyen pour mesurer leur cycle, la température, et il est loin d’être fiable», explique-t-elle. Et, en cette fin de septembre, Lea von Bidder est particulièrement satisfaite. L’entreprise a reçu des nouvelles d’une de ses clientes: en dehors des essais cliniques, c’est la première grossesse réalisée «grâce» à Ava. Le bracelet, relié à une application, collecte des millions de données pendant le sommeil, y compris sur la respiration, la qualité du sommeil, les pulsations, la température et d’autres paramètres corrélés à l’augmentation des hormones de reproduction.

Pour Lea von Bidder, lancer le produit aux Etats-Unis d’abord, était essentiel afin de profiter d’un marché beaucoup plus large, des possibilités de financement, de l’accès aux géants du domaine. D’un point de vue personnel, c’est autre chose. «Je revenais d’Inde, où j’ai lancé ma première société, L’Inouï, un chocolatier avec son réseau de vente à Bangalore. L’idée était de rester un peu en Suisse. Cela n’a finalement duré que quelques mois avant que je reparte», explique-t-elle. Etre aux Etats-Unis, c’est un peu comme «un effet de marque». «Il n’est jamais trop tôt dans la vie d’une start-up pour s’y installer.» Ava compte donc cinq employés outre-Atlantique, mais la majorité reste en Suisse (13 personnes) et quatre en Serbie et en Bulgarie.

«Tout va très vite»

Diplômée de Saint-Gall, la start-upeuse a aussi suivi des cours complémentaires à HEC Montréal, et détient un MBA en entrepreneuriat réalisé dans trois universités, en France (Ecole de Management de Lyon), en Chine (Université Zhejiang) et aux Etats-Unis (Purdue University). Elle parle surtout de l’Inde. Y vivre a été «l’une des meilleures décisions que j’ai prise.» Pour la compréhension des autres cultures, notamment. Un séjour «difficile», mais «gratifiant». Et San Francisco n’est pas forcément moins difficile, mais dans un tout autre genre: «Tout va très vite, c’est le sommet de l’innovation et dans chaque espace, il y a des dizaines de personnes de qui vous pouvez apprendre. Cette ville est comme un aimant pour les gens ambitieux et intelligents qui décident de faire une différence avec la technologie. C’est exactement l’environnement dans lequel je veux être maintenant.»

La Zurichoise a déjà été sélectionnée parmi les 100 plus importantes fondatrices d’entreprises par «Forbes» cette année. «Elle a cette passion d’être entrepreneuse et elle est tout à fait à sa place», commente une personne qui l’a côtoyée et dont l’entreprise lui a fourni des fonds. «Elle est fiable, facile à aborder. Ironiquement, elle ne donne pas l’impression que son but ait été d’aider les femmes à avoir des enfants. C’est plutôt, avant tout, d’être entrepreneuse.» Et, si cette personne avait des doutes, notamment liés aux difficultés du lancement d’un produit, ils se sont tous estompés. «La start-up a répondu à toutes les attentes, ce qui est davantage que la plupart d’entre elles.»

Trouver des solutions

En discutant avec Lea von Bidder, on jurerait pourtant qu’elle est convaincue par son sujet et sa mission. «Il faut amener la fertilité dans le XXIe siècle», c’est un peu la devise. Lea von Bidder est tout à fait convaincante dans son rôle. «J’ai un besoin irrépressible de trouver des solutions à des besoins non satisfaits. Ava est un parfait exemple.»

On imagine qu’elle a toujours voulu faire cela. Pas du tout. «Quand je faisais mes études, je pensais travailler dans un grand cabinet de consultants», explique-t-elle. Mais l’entrepreneuriat est un trait de famille: «Ma mère gère sa propre affaire et mon père a créé sa société lorsque j’étais adolescente.»

C’est hier, ou presque. Même si on jugeait aussi qu’elle a un peu plus que ses 26 ans, avec son côté calme, posé, plutôt mature. C’est qu’elle a ce qu’il faut pour se vendre dans un milieu où les idées, les projets et les produits fusent de tous les côtés et ne réussissent pas toujours, loin de là, et où l’apparence compte beaucoup.

Mise à jour: Contrairement à ce qui était écrit dans une première version, la technologie a été développée au CSEM (Centre suisse d'électronique et de microtechnique), en partenariat avec l'EMPA (les laboratoires fédéraux d'essai des matériaux et de recherche) et l'hôpital universitaire de Zurich et non pas à l'EPFZ.


Profil

1990: Naissance à Zurich

2011: Bachelor à Saint-Gall

2013: MBA en entrepreneuriat

2013: Création de L’inouï, à Bangalore

2014: Création d’Ava

2015: Installation à San Francisco

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