«Je n'ai pas d'opinion sur l'avenir des Bourses», nous confie Stanley Fink, CEO et président du leader mondial des hedge funds, Man Group, lors d'une interview, à Zurich. Calme et décontracté, à l'heure du petit déjeuner, il concentre son énergie sur la poursuite de l'expansion de son groupe. Il gère quelque 66 milliards de francs dans ces placements dits alternatifs, au sein d'une société qui vaut 13 milliards de francs en Bourse, après un gain de 80% en un an. La Suisse joue un rôle clé pour Man Group, notamment après la reprise de RMF. Il y emploie plus de 500 personnes en Suisse, sur un total de 1300. L'effectif londonien du groupe britannique est inférieur à l'effectif suisse.

L'industrie des hedge funds a le vent en poupe. Et les résultats de Man Group, publiés hier, en attestent. Le secteur, qui abrite les meilleures stars de la finance, voit quantité de ses membres profiter des tendances favorables de la Bourse pour introduire une partie de leur capital en Bourse. «La multiplication des IPO de sociétés de hedge funds est une bonne nouvelle», selon Stanley Fink. Elle incitera les analystes financiers à «davantage se pencher sur les mérites de Man Group, à mieux comprendre notre modèle d'affaires et les raisons de notre performance à long terme». Dans un univers imprégné du mythe du profit à court terme, Stanley Fink détonne par son expérience: six ans à la tête du groupe, depuis quinze ans membre de la direction. C'est lui qui a transformé cette ancienne société de négoces de matières premières, vieille de 200 ans, en société de hedge funds. Les réponses à nos questions sont immédiates et claires. L'activisme des hedge funds? Il l'estime positif à condition que le hedge fund ait une approche «responsable et à long terme» et qu'il ne cherche pas uniquement à résoudre une crise temporaire pour réaliser un gain rapide et vendre la participation. Chris Hohn, l'un des gérants de hedge funds les plus connus, à la tête de son fonds The Children's Investment Fund (TCI), celui qui a massivement investi dans Deutsche Börse et s'est opposé à la fusion avec Euronext, «fait partie des investisseurs à long terme». Ses activités philanthropiques, ses dons aux enfants d'Afrique, sont un fidèle reflet du personnage: «C'est un actionnaire responsable.» Stanley Fink préfère juger au cas par cas plutôt que de citer des critères de différenciation définitifs. L'appartenance au conseil d'administration, par exemple, ne permet nullement de conclure. Certains hedge funds veulent entrer dans ce comité pour favoriser une fusion et vendre.

Nouvelles pistes dans les stratégies directionnelles

Lors de notre rencontre, le CEO de Man Group s'attendait à une augmentation de la volatilité des marchés. Trop d'événements extrêmes étaient possibles, des actes terroristes ou une forte correction des actions. Le bas niveau de volatilité, associé à un effet de levier constant pour les hedge funds, traduit une faible prise de risques de la part des hedge funds. A l'avenir, on devrait assister à une augmentation du levier dans les stratégies comme equity long short, mais pas pour tous les hedge funds.

Stanley Fink observe que les managers devront regarder vers de nouveaux secteurs: «Trop de gérants pèchent les mêmes poissons à la recherche de surperformance (l'alpha).» Man Group est plus intéressé à chercher de nouvelles pistes dans les stratégies directionnelles, les global macros, CTA et gérants de futures. «Nous voyons arriver de nouveaux marchés de futures, comme des contrats hydroélectriques, les dérivés de crédits, dérivés sur la météo, dérivés d'assurance, émissions de CO2, assurance de satellites.» Le marché des hedge funds fait souvent fantasmer. Il est vrai qu'il croît très vite et représente 1300 milliards de dollars. C'est un montant énorme, mais inférieur à 1% de l'ensemble des marchés financiers. «Cette relation montre qu'il y aura davantage de hedge funds à l'avenir. D'une part, il y aura plus d'argent qui prendra le chemin des stratégies à pur bêta (indiciels), avec une croissance de 10% ou davantage. D'autre part, on verra un fort afflux dans les hedge funds. Leur part à l'ensemble des marchés pourra grimper à 4 ou 5%. Les acteurs qui se situent entre ces deux catégories évolueront un ton en dessous.»

Les hedge funds continuent de sentir le souffre

Man Group est parvenu à croître au rythme de l'industrie des hedge funds. Ce qui satisfait pleinement Stanley Fink, compte tenu du nombre de nouveaux acteurs et de la croissance originale du marché (15% par an). L'objectif consiste à croître au moins au même rythme que le marché, tirant profit de la bonne réputation, de la qualité de la marque et du savoir-faire dans la mise en commun de structures.

Les hedge funds continuent, dans le public, de sentir le souffre et d'être perçus comme un risque pour le système financier. Pour contrôler ce risque, les hedge funds font confiance aux grandes banques. Mais Stanley Fink préfère une autre formule: «Assurer l'intégrité du système financier est l'affaire de tous les participants.» A son avis, les hedge funds constituent une «force positive tant qu'ils ne dominent pas un segment particulier des marchés financiers». L'important est d'avoir, sur chaque segment, une participation active de tous les types de participants. «A mon avis, dans la plupart des marchés, il existe un bon équilibre.»