Très connu pour ses stimulateurs cardiaques dont plus d'un million ont été produits à Tolochenaz (VD), Medtronic a de grandes ambitions dans un domaine voisin, celui des implants vasculaires («stents»). Au mois de mars, les résultats d'une étude clinique de grande envergure (1200 patients) seront présentés au congrès américain de cardiologie sur un de ses plus récents produits, Endeavour II. «Nous avons toutes les raisons de penser qu'ils seront positifs», déclare au Temps Barry Wilson, président de Medtronic International.

Si c'est le cas, le nouveau «stent» sera commercialisé rapidement, et Medtronic entend devenir numéro un mondial dans ce secteur, comme il l'est déjà dans ses cinq autres domaines d'activité. La société occupe actuellement la troisième place dans les implants vasculaires, avec des revenus de 842 millions de dollars en 2004 (9% de son chiffre d'affaires).

Les «stents» sont des tubes souples et très fins insérés dans les vaisseaux sanguins partiellement bouchés par une sténose. Les premières générations n'empêchaient pas toujours que le rétrécissement réapparaisse, avec les problèmes cardiaques qui en résultent. De nouveaux implants enrobés de médicaments préviennent ce risque, mais Medtronic avec ses modèles «bare metal» (alliage nu) était jusqu'ici moins bien placé que ses concurrents Boston Scientific, Johnson & Johnson ou Guidant. Enrobé d'une substance médicamenteuse fabriquée par Abbott (référence technique: ABT-578), Endeavour II devrait permettre de faire aussi bien que les autres implants du marché, et même mieux, affirme la société, car la technologie de base («Driver», un alliage à base de cobalt) en fait un tube plus facile à implanter.

Dans son activité principale, les stimulateurs cardiaques qui représentent près de la moitié de ses revenus, la société basée à Minneapolis pourrait bénéficier – comme ses concurrents d'ailleurs – d'une autre étude que vient de publier le New England Journal of Medicine. Selon cette dernière, l'utilisation d'un défibrillateur automatique implantable (DAI) réduit de 23% la mortalité chez les insuffisants cardiaques présentant une altération marquée de la fonction de pompe du cœur. La population concernée (600 000 personnes rien qu'aux Etats-Unis) présente un risque élevé de mort subite et pourrait bénéficier de la protection offerte par un DAI.

Les défibrillateurs implantables sont reconnus depuis la fin des années 80, surtout pour les patients ayant survécu à un arrêt cardiorespiratoire. On considère de plus en plus leur usage à titre préventif pour des personnes avec des antécédents de crise cardiaque, même sans arrêt respiratoire, et les récents résultats pourraient aider les fabricants dans leurs négociations avec les autorités sanitaires pour étendre le remboursement de ces coûteux appareils.

Multiples activités à Tolochenaz

Parmi les projets à plus long terme, Medtronic et Genzyme Corporation ont créé en juin dernier un joint-venture, MG Biotherapeutics, qui développe des thérapies cellulaires, notamment à partir de cellules souches prélevées sur le patient lui-même, pour la réparation de tissus cardiaques. Dans le domaine du diabète, plus précisément des pompes à insuline, un appareil complètement implanté réglant automatiquement la quantité d'insuline nécessaire pourrait être mis sur le marché à la fin de la décennie.

A Tolochenaz, qui est aussi le siège de la société pour l'Europe, le Moyen-Orient, l'Asie et l'Amérique latine, Medtronic produit des pacemakers depuis 1997, a ouvert un centre de formation européen en 2002 et emploie actuellement 650 personnes. Un programme sophistiqué de simulation sur cœur virtuel a été mis sur pied en 2004 en collaboration avec le professeur Lukas Kappenberger du CHUV et l'Institut de traitement des signaux de l'EPFL.