Gestion passive

Les leaders des ETF redéfinissent la gouvernance des entreprises

Les géants de la gestion passive sont par nature présents dans presque toutes les entreprises suisses. Modifient-ils les majorités aux assemblées générales? Ces sociétés américaines conduisent-elles à une harmonisation des bonnes conduites? Sont-elles différentes d’Ethos, ISS, zRating et autres?

Les émetteurs d’ETF et fonds passifs sont des actionnaires fort peu bruyants lors des assemblées générales, mais leur vote compte de plus en plus. Ces géants de la finance ont mis en place leurs propres principes de gouvernance et disposent de vastes ressources en la matière. BlackRock emploie 31 spécialistes en gouvernance et exerce ses droits à 15 000 assemblées, selon ses dires.

A lire aussi:  Glossaire de la gestion passive

«Nous ne pouvons que nous féliciter de voir ces gérants de fonds indiciels exercer leurs droits aux assemblées générales. Nous-mêmes, dans le cadre de notre fonds indiciel qui réplique notre propre indice (Ethos Corporate Governance Index), notre comportement est captif. En effet nous ne pouvons vendre une action si nous voulons répliquer l’indice. Par contre nous exerçons nos droits et pouvons dialoguer avec les dirigeants et souligner les souhaits et besoins des investisseurs minoritaires», explique Vincent Kaufmann, directeur d’Ethos.

Transparence déficiente?

La société genevoise publie sa position sur tous les points de l’ordre du jour avant les assemblées générales, ainsi qu’un commentaire trimestriel, et tient une conférence de presse annuelle sur le bilan de ses recommandations. Tel n’est pas le cas des leaders américains de la gestion indicielle.

A lire aussi:  La Fondation Ethos lance son propre indice à la bourse suisse

Ni BlackRock, ni State Street, ni Vanguard n’indiquent leurs prises de positions sur les sociétés suisses. Leurs analystes ne sont d’ailleurs pas basés en Suisse. «Je ne connais pas toujours leurs positions exactes aux assemblées, ils utilisent souvent les analyses des grands «proxy advisors» américains ISS and Glass Lewis et ne peux donc pas en évaluer l’effet. Leurs principes de gouvernance des entreprises sont parfois plutôt vagues et orientés sur la réalité américaine. Ils ne prennent pas assez en considération les particularités de la Suisse», déclare Christophe Volonté, responsable de la gouvernance d’entreprise auprès du conseiller en investissement durable Inrate et des services pour les actionnaires zRating, à Zurich.

Il ajoute que les émetteurs d’ETF mettent l’accent sur le dialogue avec les dirigeants en amont des assemblées générales pour faire avancer leur point de vue plutôt que d’adopter une approche potentiellement conflictuelle lors des AG.Vincent Kaufmann avoue «ne pas savoir en quoi les fonds indiciels ont un comportement différent d’Ethos lors des votes aux assemblées générales». Une étude de Proxy Insight, a révélé que BlackRock avait accepté 99% des propositions de rémunérations au Royaume-Uni, selon le FT. Mais qu’en est-il ailleurs?

Plus attentifs aux rémunérations des dirigeants

«Les émetteurs de la gestion de fonds passifs devraient avoir un impact positif sur la gouvernance en Suisse s’ils accompagnent leur démarche d’une réelle transparence», commente Vincent Kaufmann.

A lire aussi:  Les actionnaires restent encore trop passifs aux yeux de ZRating

Les gérants passifs sont-ils attentifs à la présence des femmes dans les organes supérieurs des sociétés ou aux questions de rémunérations, ou encore à la composition des conseils d’administration? Le directeur d’Ethos souligne que le manque de transparence en matière de politique de vote rend difficile la réponse à la question. Cependant, compte tenu des résultats aux assemblées, il est d’avis que iShares et les autres émetteurs d’ETF sont davantage attentifs aux votes consultatifs sur les rémunérations des dirigeants qu’à d’autres points de l’ordre du jour.

Le regard sur les rémunérations

BlackRock cherche avant tout à obtenir que la rémunération des dirigeants évolue en conformité avec le résultat opérationnel et les salaires de tout l’effectif. Le leader mondial de la gestion d’actifs a d’ailleurs envoyé une lettre à ce propos aux patrons des 350 plus grands groupes britanniques. Il est vrai que si l’indice britannique est inchangé par rapport à son niveau d’il y a 18 ans, la rémunération des patrons a triplé. Dans une récente interview à Zentralschweiz am Sonntag, Vincent Kaufmann expliquait que la part variable de la rémunération était «utile à condition que le système soit transparent et bien calibré» L’exemple à suivre en matière de transparence est, à son avis, celui du dernier rapport de rémunération de Novartis.

A lire aussi:  Ethos dresse un bilan mitigé de la mise en œuvre de l’initiative Minder

Les principes de gouvernance des gérants d’ETF sont publics mais très généraux. «En tant que gérants passifs, nous avons une grande responsabilité du fait du très grand nombre d’actions que nous détenons. Nous participons d’ailleurs à 15 000 assemblées générales par an», déclare Bernhard Wenger, directeur de SPDR ETFs chez State Street Global Advisors (SSgA) à Zurich.

Les facteurs de décision aux assemblées prennent en compte la taille de l’investissement, l’engagement passé à l’égard de l’entreprise, la qualité de la gouvernance d’entreprise, explique-t-il. Mais «nous ne voulons pas déléguer nos droits à un intermédiaire. Nous préférons dialoguer avec les entreprises pour expliquer les intérêts à long terme des actionnaires», ajoute-t-il. SSgA ne donne pas d’indication sur le pourcentage d’approbation des votes en termes de rémunération.

Obligation de voter pour les fonds?

Chez iShares, Christian Gast, son responsable pour la Suisse déclare dispose «d’un département (AQR) spécialisé dans ce domaine sur base globale qui définit notre position à l’égard de chaque entreprise. Mais ses principes diffèrent de ceux d’ISS ou d’Ethos.» Il ajoute que ses «lignes directrices sont fonction de la manière dont nos gérants de portefeuille évaluent les décisions des entreprises à l’égard des intérêts des actionnaires.»

Avec la loi Minder, les caisses de pension sont tenues de voter aux assemblées générales, mais le dispositif est lacunaire. «Pourquoi ne pas étendre la disposition à tous les fonds de placement, compte tenu de leur devoir fiduciaire?», demande Vincent Kaufmann.

BlackRock, State Street GlobalAdvisors, Vanguard et divers gérants de fonds de placement ont par ailleurs présenté il y a six mois un code de conduite intitulé «Commonsense Principles of Corporate Governance». Au début février, le Financial Times a fait état de la signature d’une nouvelle coalition de gérants, dont BlackRock, SSgA et Vanguard, précisant des «Principles for US Listed Companies». Ces nouvelles initiatives demandent aux actionnaires de s’engager, d’exprimer leurs désirs plutôt que de déléguer leurs voix aux conseillers tiers ou de simplement cocher des cases. Le quotidien de la City constate que «la multitude de codes n’est guère utile à leur cause», et qu’«un mécanisme contraignant fait défaut» et que les bourses américaines ne cherchent pas à imposer un fardeau excessif sur les sociétés par crainte de perdre des affaires. La bataille des codes de conduite est bel et bien culturelle.

Publicité