«Le XXIe siècle sera celui de l'or bleu, celui de l'eau!» C'est en partant de cette affirmation du spécialiste de l'eau qu'est le Britannique David Lloyd Owen chez Ecofin Ltd. à Londres que Pictet Funds Management SA (PFM), la direction spécialisée du banquier privé genevois Pictet & Cie, a lancé en ce tout nouveau millénaire un fonds de placement dédié à l'élément liquide. Plus précisément, Pictet Water Fund est le cinquième outil de type sectoriel dans une gamme qui compte maintenant une cinquantaine de produits et héberge 13,5 milliards de francs d'actifs sur les 140 milliards gérés par ce groupe. Symbole: c'est dans le bâtiment des Forces motrices à Genève que PFM a lancé son nouveau produit.

De droit luxembourgeois et libellé en euros, le fonds entend surfer sur la vague de la consolidation, de la privatisation et de la globalisation des activités, des services et des entreprises qui se spécialisent dans la production, le traitement, la distribution, la consommation et la protection de l'eau. Au total, environ 80 valeurs dont la capitalisation boursière actuelle, comprise entre 90 et 110 milliards de dollars, devrait quadrupler d'ici à 2015, selon les estimations de David Lloyd Owen.

Accessible au public et aux investisseurs institutionnels, cet outil est une première mondiale. Selon David Lloyd Owen, qui en sera le principal conseiller technique aux côtés du gestionnaire Hervé Gaudart, quatre outils destinés à récolter des moyens pour financer le développement d'entreprises spécialisées dans l'eau existent déjà. Mais ce sont des instruments dits de «private equity».

Le dernier-né de la banque Pictet & Cie est en fait le premier fonds de droit public à être exclusivement consacré aux investissements dans des titres de valeurs cotées en Bourse et spécialisées dans l'eau. Des valeurs qui profitent du fait que l'eau devient une denrée rare, donc chère, sur une planète en pleine urbanisation.

Le fonds est typiquement un produit de niche. Mais il s'inscrit aussi dans ce que les spécialistes appellent les «megatrends», à savoir les tendances qui font bouger la société et l'économie à très long terme. En ce qui concerne l'eau, la cause est d'ailleurs entendue: sans elle, il n'y a pas de vie! Et, comme la population augmente partout sur la planète, ses besoins en or bleu en font autant. Or, les valeurs dans lesquelles entend investir le fonds sont précisément celles qui ont développé ou vont perfectionner l'art et la manière de fournir de l'eau à la population.

Les spécialistes de Pictet Fund Management ont identifié 80 entreprises de ce genre dans le monde. D'une capitalisation boursière minimum de 100 millions de dollars, elles constituent le portefeuille de référence dans lequel le fonds va puiser. Ce dernier comprendra un maximum de 40 valeurs dont 10 à 15 seront des grandes capitalisations de ce secteur. Le solde sera fourni par le réservoir de petites et moyennes entreprises actives dans les domaines liés à l'eau. Pour les sélectionner, outre le fait qu'elles doivent tirer au moins 20% de leurs chiffres d'affaires de l'or bleu, le gestionnaire et les conseillers du fonds vont chercher celles qui ont les meilleures espérances d'appréciation à long terme de leurs performances. Ils investiront aussi dans les titres dont le potentiel de fusion et acquisition ou la capacité à tirer parti des privatisations sont les meilleurs.

Valeurs très sensibles

La souscription des parts du fonds a commencé le 1er janvier. Elle durera jusqu'au 20 et devrait permettre de récolter une cinquantaine de millions de fonds pour les investissements de départ dans Vivendi, Suez Lyonnaise et autres United Utilities. D'un coût de 1,5% par an pour les investisseurs privés et de 0,9% pour les institutionnels, en termes de commission de gestion, le Pictet Water Fund peut présenter sur le papier une performance intéressante. Son portefeuille modèle a performé de 48,9% en trois ans. Reste que les valeurs dans lesquelles il investira sont extrêmement sensibles aux variations de taux. L'objectif de cet outil est donc d'arriver à dépasser de 10% le résultat de l'indice MSCI World Index sur les trois prochaines années.