L’écart entre les hauts et les bas salaires s’est creusé en dix ans

Emploi L’Office fédéral de la statistique a publié lundi les chiffres 2012, qui estiment la rémunération mensuelle moyenne à 6118 francs brut

Publiée lundi par l’Office fédéral de la statistique (OFS), à trois semaines de la votation sur le salaire minimum à 4000 francs, la dernière statistique sur la structure des salaires, marquée par une progression globale des rémunérations et un accroissement des écarts entre les catégories de revenus, suscite des réactions opposées.

«Ces résultats sont inquiétants, car l’écart entre les salaires s’est encore creusé», s’indigne Daniel Lampart, économiste auprès de l’Union syndicale suisse (USS). Il appelle donc à voter oui le 18 mai pour réduire la différence. «Les bas salaires ont aussi augmenté dans leur ensemble et la Suisse figure parmi les pays dont la part des bas salaires est faible», constate de son côté Roland Müller, directeur de l’Union patronale suisse. Il appelle à voter non le 18 mai, car «le rapprochement des bas salaires vers le salaire médian réduirait les chances des chômeurs de retrouver un emploi et rendrait la réinsertion professionnelle plus difficile».

Le salaire médian publié lundi par l’OFS se situe à 6118 francs brut par mois (+3,2% depuis 2010). Les 10% des salariés les moins payés gagnent 3886 francs, alors que les 10% les mieux payés obtiennent 11 512 francs. L’écart entre les hauts et les bas salaires s’est creusé en dix ans. Les salaires les plus élevés ont augmenté de 22,5% durant cette période, contre 9,5% pour les salaires les plus bas, de 12,8% en ce qui concerne la classe moyenne. L’écart passe d’un facteur 2,6 à un facteur 3. L’USS, qui a transposé les données nominales en valeur réelle, parvient à la conclusion que les salaires les plus bas ont baissé de 0,6% entre 2010 et 2012, alors que les plus hauts revenus ont augmenté de 7,1%.

Tessin à la traîne

Les salaires les plus faibles, par secteur économique, se situent dans les services personnels (3887 francs en moyenne et 52% de bas salaires dans cette branche), l’hébergement (4230 francs, 38%), la restauration (4272 francs, 37%), et le commerce de détail (4691 francs, 20%). A l’autre extrémité de l’échelle, les banques offrent un salaire moyen de 9823 francs, et l’industrie pharmaceutique 9775 francs. Le secteur de la construction, avec 6024 francs, se situe près de la médiane. Les différences sont aussi très nettes selon les régions, par exemple entre le Tessin (4664 francs pour les non-cadres) et Zurich (5651 francs). Avec 5517 francs, la région lémanique s’approche de la moyenne suisse (5536 francs).

Les femmes et les travailleurs étrangers peu qualifiés sont défavorisés. Deux tiers des postes de travail à bas salaires, sur un total de 339 000 emplois, sont occupés par des femmes. Le salaire médian d’un travailleur non cadre avec un permis B se situe à 5022 francs, contre 5729 francs pour un ressortissant suisse.

Le taux des bas salaires se situe autour de 10% et ne varie guère depuis 2004. Ce manque de progrès, qui fâche les syndicats, n’indigne pas l’Union patronale, qui relève que seuls trois pays, la Belgique, la Finlande et le Portugal, font mieux que la Suisse.