Macroéconomie

L’écart des politiques monétaires ouvre une phase d’instabilité sur les marchés

La hausse possible des taux par la Fed tranche avec l’expansionnisme monétaire européen et japonais. Une nouvelle phase de stress s’ouvre pour les marchés financiers

L’écart des politiques monétaires ouvre une phase d’instabilité sur les marchés

Macroéconomie La hausse possible des taux par la Fed tranche avec l’expansionnisme monétaire européen et japonais

Une nouvelle phase de stress s’ouvre pour les marchés financiers

Après plusieurs années de taux d’intérêt proches de zéro, la planète finance se lance dans une nouvelle expérience: la divergence des politiques monétaires. «Il y aura beaucoup de volatilité ces prochaines semaines, voire ces prochains mois», prévient Cédric Tille, professeur de finance à l’IHEID à Genève.

La Réserve fédérale (Fed), est entrée en phase de durcissement. Qu’elle annonce un relèvement de ses taux directeurs ce jeudi à 20 heures, ou qu’elle reporte cette décision aux prochaines réunions de son comité de politique monétaire du 28 octobre ou du 18 décembre, importe peu. Son chemin diverge désormais de celui suivi par les deux autres grandes institutions monétaires, la Banque centrale européenne (BCE) et celle du Japon. Toutes deux sont engagées dans des politiques monétaires expansives. La première va même l’intensifier, a indiqué son président, Mario Draghi.

La Suisse connaît le prix de cette divergence. C’est l’abandon du cours plancher le 15 janvier dernier et la hausse du franc qui a suivi. La Banque nationale suisse estimait qu’elle ne pouvait plus garantir un cours de 1,20 franc pour un euro face à un dollar qui commençait déjà à se redresser.

«Une hausse des taux d’intérêt aux Etats-Unis élèverait l’attractivité des placements en dollars», poursuit Cédric Tille. «Les fonds investis dans les marchés émergents pourraient être tentés d’en sortir pour se diriger vers un pays offrant des rendements plus intéressants.» Ce phénomène, qui a débuté ce printemps et s’est accentué cet été en raison du ralentissement conjoncturel chinois, comme l’indique le dernier rapport trimestriel de la Banque des règlements internationaux (BRI) publié dimanche, pourrait donc s’accélérer. Les économies les plus saines retiendront plus facilement les investissements que les autres.

De même, les marchés d’actions, surtout américains, devraient connaître une «période de dégrisement», comme le souligne le professeur à l’IHEID, ce qui explique les réticences qui s’expriment auprès de ces mêmes marchés face à la tension promise sur les taux. «Les marchés vont redécouvrir ce qui était normal jusqu’à l’éclatement de la crise financière en 2008, l’importance des fondamentaux macroéconomiques», remarque Cédric Tille.

Les Etats et les entreprises endettés en dollars devraient réapprendre à souffrir car leurs charges d’intérêt devraient augmenter après être restées proche de zéro pendant près de huit ans. Le seul gouvernement fédéral américain, endetté à hauteur de 18 387 milliards de dollars (17 897 milliards de francs), prévoit que ses dépenses dans ce domaine passeront de quelque 220 milliards de dollars cette année à plus de 280 milliards l’an prochain.

L’écartement des politiques monétaires fait néanmoins des heureux: les pays développés. «La pression qui s’exerce sur la BCE va s’alléger. Elle pourra peut-être même renoncer à approfondir son programme d’assouplissement monétaire», se réjouit Andreas Höfert, chef économiste d’UBS. Une hausse des taux américains confirmerait aux marchés financiers la solidité de la croissance économique américaine et redonnerait confiance à ses partenaires commerciaux, à commencer par l’Europe, dont les signes de reprise restent encore faibles.

La Suisse devrait y gagner car l’amélioration des perspectives économiques mondiales atténue la pression à la hausse sur le franc, qui ne paraît plus une monnaie refuge. La BNS, qui doit publier jeudi matin à Zurich son examen trimestriel de la situation économique et monétaire, devra en tenir compte, «sans savoir ce que décidera la Fed plus tard dans la journée», remarque Andreas Höfert. Les analystes prévoient dans leur grande majorité que les taux négatifs seront maintenus à – 0,75%.

L’écartement des politiques monétaires fait des heureux: les pays développés

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