Que feront les actionnaires d'Algroup? Que fera le plus important d'entre eux (27,5% du capital), le groupe BZ? Quelle attitude adoptera son président Martin Ebner, qui est en même temps – fameux conflit d'intérêts! – président du conseil d'Algroup? Comment réagira Pechiney, dont le titre n'en finit pas de sombrer? Sa nouvelle stratégie passera-t-elle par un rachat de la division emballages d'Algroup, dont certains prédisent qu'Alcan veut se débarrasser? L'échec, confirmé jeudi matin par les trois entreprises, de la fusion tricéphale dans l'aluminium, soulève une foule d'interrogations.

Comme on le pressentait déjà mercredi (lire Le Temps du 13 avril), les exigences de la Commission européenne de la concurrence ont créé trop de tensions entre Pechiney et Alcan pour que la partie franco-canadienne de l'opération transforme son deuxième essai. Alcan a en effet refusé de vendre sa participation de 50% dans l'usine allemande Alunorf, près de Düsseldorf. Mais pour Alcan, qui partage la propriété de cette usine avec VAW, la division aluminium du groupe Viag (ex-futur-partenaire d'Algroup…), une telle cession posait un problème insoluble, puisque cette unité fournit le métal de base aux autres divisions du groupe qui le travaillent ensuite. Le communiqué officiel signé des trois «fiancés» indique que suivre les conditions imposées par les services de Mario Monti aurait sérieusement affaibli «la viabilité stratégique du secteur produits laminés du groupe issu du rapprochement en Europe et sa capacité à servir ses clients dans cette région.»

Pour Pechiney, le problème créé par cet échec est important, puisque le groupe français, dont le titre a chuté de plus de 40% depuis le début de l'année, doit complètement revoir sa stratégie dans une industrie en pleine consolidation. Pechiney, qui vient de vendre American Can pour 2,1 milliards de dollars (3,46 milliards de francs suisses), a suffisamment de cash pour réagir en multipliant les acquisitions. Mais les opportunités se font rares. Alcan et Algroup ne parviendront qu'à réaliser un quart des économies d'échelle escomptées dans la fusion à trois (soit 150 millions de dollars par an, au lieu de 600 millions). En abandonnant cette fois très nettement le leadership mondial au nouveau duo américain Alcoa-Reynolds.

Une bonne nouvelle pour le Valais

Le groupe suisse était le plus désireux de fusionner après sa tentative avortée l'an dernier avec l'allemand Viag. Sergio Marchionne, le patron italo-canadien d'Algroup, déclarait jeudi lors d'une conférence téléphonique que le rapprochement restait d'actualité. Mais les actionnaires devront encore se prononcer sur cette fusion, et Kurt Schiltknecht, porte-parole du groupe BZ, a estimé que les termes de l'échange devraient être revus. Il faut 67% des actions pour une acceptation de la fusion à deux.

Enfin, Sergio Marchionne a estimé que le retrait de Pechiney était «une bonne nouvelle pour le Valais», les synergies prévues avec le groupe français touchant les usines valaisannes. La fusion à trois avait pourtant été présentée positivement pour le Valais par les dirigeants d'Algroup. La remarque du PDG peut être qualifiée d'anecdotique, voire d'opportuniste.