Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Une salle de classe dans le canton de Schaffhouse. (Image d'illustration)
© GAETAN BALLY/KEYSTONE

Formation

A l'école, supprimons les notes

La plupart des institutions scolaires persistent à vouloir attribuer une note à toute production scolaire. Pourtant, le système d’évaluation par notation ne reflète pas toujours le niveau de l’élève en matière d’acquisition des apprentissages

La notation est-elle un élément positif de l’apprentissage? La plupart des institutions scolaires persistent à vouloir attribuer une note chiffrée à toute production scolaire. Pourtant, de nombreuses recherches suggèrent que le système d’évaluation par notation est loin d’être fiable et objectif. Jean-Jacques Bonniol, professeur des universités en sciences de l’éducation, a par exemple calculé qu’il faudrait 78 correcteurs en mathématiques et 762 en philosophie pour neutraliser les erreurs de calcul et améliorer l’objectivité de la notation.

Lire aussi: L’échec scolaire est un enfer, que faire?

Les origines de l’imprécision de la notation sont multiples. En premier lieu et sans chercher l’exhaustivité, l’ordre de correction des copies influe grandement sur la note, rappelle Pierre Merle, auteur de l’essai L’école française et l’invention des notes, un éclairage historique sur les polémiques contemporaines. En effet, après une bonne copie, le correcteur aura tendance à noter plus sévèrement la suivante, et inversement.

Beaux et bien notés

Autre facteur d’influence: le physique de l’élève. Le sociologue Jean-François Amadieu rappelle à cet égard que la notation «à la tête du client» est plus répandue qu’on ne l’imagine. «Les enseignants partagent la croyance inconsciente que les enfants les plus séduisants seront aussi ceux qui réussissent le mieux leur scolarité. Cette conviction entraîne l’intérêt accru de l’enseignant pour l’élève considéré comme un «jeune à potentiel». De ce fait, les évaluations de son travail seront plutôt bienveillantes et il ne lui sera pas trop tenu rigueur de ses éventuels dérapages ou de son indiscipline.»

Pierre Merle partage cet avis. «Les recherches sur la notation ont montré l’existence de biais sociaux de notation. Les professeurs sont inconsciemment influencés par le sexe de l’élève, un redoublement éventuel, son âge, son origine sociale, son niveau scolaire, ses notes précédentes, le niveau de la classe, de l’établissement» et, plus étonnant encore, son prénom, comme l’indique une étude intitulée «Name Stereotypes and Teachers’Expectations» dans laquelle deux chercheurs nord-américains ont démontré que les enfants étaient évalués différemment selon la manière dont leur prénom était perçu par leurs enseignants. Il est ainsi apparu qu’une même rédaction se voyait attribuer une note statistiquement supérieure lorsque son «rédacteur» portait un prénom «socialement désirable».

Lire aussi: L’élitisme à l’école peut démotiver les élèves

A ces éléments s’ajoute le fait que les enseignants tiennent rarement compte des différences de maturité et de développement intellectuel entre les élèves nés en début d’année et ceux nés en fin d’année. Un enfant né au mois de décembre sera ainsi évalué avec la même sévérité que son camarade de classe né en février de la même année. «C’est la raison pour laquelle les enfants nés en fin d’année ont une scolarité plus difficile, commente le sociologue Francis Danvers. En primaire, 34% des élèves nés en décembre redoublent. A niveau égal, un élève qui a déjà redoublé au cours de sa scolarité est davantage orienté dans la voie professionnelle qu’un élève qui n’a pas redoublé. Au total, onze mois de maturité en moins sont presque aussi discriminants que le fait d’être un fils d’ouvrier plutôt qu’un fils de cadre.»

Démotivation et stress

Qu’en est-il de l’effet motivant et stimulant des notes? «Cette idée est diffusée surtout par les anciens bons élèves, répond Pierre Merle. Les plus de 100 000 élèves sortis sans diplôme du système éducatif n’ont pas du tout été motivés par la suite continue de mauvaises notes recueillies au cours de leur brève scolarité.»

A cet égard, l’Institut national de recherche pédagogique (INRP) a entrepris une recherche sur la représentation que se font de la note les professeurs, les élèves et les parents. L’une des conclusions mérite réflexion sur les effets psychologiques des notations: alors que la note devrait être un élément positif de l’apprentissage, elle génère, lorsqu’elle est mauvaise, découragement, fissuration de l’estime de soi, angoisses, détérioration des relations familiales et désintérêt pour la matière. «Les élèves sont en pleine construction, explique la formatrice Maryse Hesse. Une appréciation négative engendre une mésestime de soi, une blessure chez l’élève fragile, une dévalorisation qui le déstabilise et lui donne une image négative de lui-même et de ses capacités.» Stigmatisé, ce dernier est progressivement enfermé dans une spirale d’échec.

Lire également: Ces adultes qui ont été traumatisés par l’école

Quant aux premiers de classe, les effets globaux de la note ne sont pas nécessairement positifs. Si celle-ci peut certes renforcer la volonté de travailler et donner de l’assurance, elle favorise aussi la compétition scolaire, l’individualisme et les comportements antisociaux. «Etre parmi les premiers devient parfois l’objectif prioritaire», poursuit Pierre Merle. En outre, parce qu’ils sont focalisés sur les notes, les bons élèves s’intéressent moins à la connaissance. Pire, ils s’en détournent. «Après le contrôle, le travail d’oubli fait rapidement son œuvre. Inversement, dans les systèmes éducatifs où les notes sont rares, les élèves apprennent davantage pour d’autres motifs: intérêt, curiosité, passion.» Et de rappeler: «L’essentiel de nos connaissances et compétences – faire du vélo, nager, parler, être attentif à autrui, etc. – n’ont pas été apprises à l’école, avec des notes, mais de façon diffuse, lors de la socialisation familiale et au contact d’amis. Les réels moteurs de l’apprentissage sont l’intérêt, un projet professionnel, les conseils des autres… non les notes.»

Etiennette Vellas et Eric Baeriswyl soulignent enfin un paradoxe. «Le système d’évaluation actuel est un instrument de sélection incompatible avec la lutte contre l’échec scolaire. L’institution doit donc aujourd’hui rompre avec une incohérence: demander aux enseignants de faire réussir chaque enfant tout en exigeant l’échec de certains par le maintien d’une évaluation notée.»

Quelles alternatives aux notes?

Evaluer un élève sans le noter, est-ce possible? En Finlande, pays en tête des classements internationaux en matière d’éducation, les élèves sont évalués pour la première fois à l’âge de 9 ans, de façon non chiffrée (l’enseignant se limite à indiquer si la compétence est acquise, en cours d’acquisition ou non acquise). Cette absence de notes est complétée par un accompagnement soutenu des élèves en difficulté. Les premières notes tombent lorsque l’enfant atteint l’âge de 11 ans. La note la plus basse est cependant de 4/10, afin d’éviter de décourager l’élève.

En France, certains établissements évaluent les compétences à l’aide d’un code couleur allant du vert (acquis) au rouge (non acquis) en passant par l’orange (en voie d’acquisition). Accompagné de longues appréciations de l’enseignant, ce système a le mérite de communiquer clairement une par une les forces et les faiblesses de l’élève, qui comprend où il doit s’améliorer.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)