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Manor supprime 200 emplois à Bâle. En 2015, le groupe y avait déjà biffé 139 postes
© Keystone/ Georgios Kefalas

Achats

L’e-commerce affecte aussi les enseignes haut de gamme

Manor annonce la suppression de 200 emplois à Bâle. La chaîne de grands magasins souffre de la concurrence des ventes en ligne et du tourisme d’achat. En dépit de son positionnement particulier

Manor non plus n’est pas épargné. Avec son positionnement moyen à haut de gamme, sa présence dans les centres-villes plutôt que dans les centres commerciaux, la chaîne de magasins bâloise semblait plus à même de résister à l’explosion du commerce en ligne.

Lire aussi notre éditorial: Qui peut battre Amazon?

C’était mésestimer la vitesse à laquelle les habitudes de consommation ont évolué. Manor a annoncé jeudi la suppression de 200 postes «au maximum» dans son siège principal de Bâle, dans lequel travaillent un millier de personnes. C’est sa deuxième restructuration en deux ans.

La région bâloise est exposée

Le groupe «fait face depuis plusieurs années à des changements profonds de son environnement et à un marché de plus en plus exigeant», justifie-t-il dans un communiqué. Les causes de ces difficultés sont identifiées. Il y a la force du franc et la tendance grandissante des Suisses à passer la frontière pour faire leurs emplettes. La région bâloise y est particulièrement exposée et Manor ne fait pas exception, souligne Sascha Jucker, économiste de Credit Suisse et auteur de l’étude «Retail Outlook».

En 2015, lorsque la Banque nationale suisse (BNS) avait abandonné le taux plancher et que le franc s’était envolé de 15%, les détaillants du secteur de l’habillement avaient réduit leurs effectifs de 14% dans le canton de Bâle-Ville. C’était deux fois plus que la moyenne suisse, rappelle-t-il.

Lire aussi: Les centres commerciaux suisses affrontent la peur du vide

Mais les difficultés de Manor, comme pour les autres magasins du pays, sont aussi et surtout liées à la concurrence des Zalando, Amazon et autres Alibaba. En 2015, selon les calculs de Credit Suisse, les Suisses ont dépensé 7,5 milliards de francs sur Internet. Et, selon les prévisions de la banque, la part des achats en ligne pourrait doubler, de 5 à 10% du total des ventes d’ici à 2022. Les segments les plus touchés sont et resteront l’habillement (27%) et l’électronique (38%).

Le problème n’est pas Manor

A quel point Manor est-il affecté? Depuis l’an dernier, le groupe ne publie plus ses chiffres. Aux dernières nouvelles, en 2015 donc, ses ventes avaient reculé de 2,9%, à 2,64 milliards de francs.

De l’avis de Jan Tanner, le président du Conseil suisse des centres commerciaux (SCSC), les difficultés rencontrées par Manor ne sont pas la conséquence d’une mauvaise gestion. «L’entreprise est bien positionnée, dans son créneau de qualité supérieure pour laquelle les consommateurs suisses sont prêts à payer.»

Elle n’est pas non plus dépassée par les nouvelles technologies, selon lui. «C’est une société innovante et bien informée de ce qui se passe dans son secteur et à l’étranger. Son site internet et sa nouvelle application, liée à la carte Manor, sont très bien conçus, notamment pour marier commerce en ligne et commerce stationnaire.»

Signe que Manor n’est pas seul dans cette situation, Globus, qui occupe un positionnement comparable, a également souffert en 2016. Ses ventes ont baissé de 5,4%.

Le réseau sera réévalué

Dans sa communication, jeudi, Manor explique qu’il n’anticipe pas de changements «conséquents» dans son réseau de grands magasins, de supermarchés et de centrales de distribution, mais que sa pertinence sera constamment réévaluée.

Lire également: Numérisation et nouvelles filiales, les chantiers du nouveau patron de Manor

Manor prévoit d’améliorer sa présence numérique, notamment en proposant sur Internet une offre plus large que dans ses magasins. Dans l’immédiat, la moitié des postes qui seront supprimés le seront par des externalisations (outsourcing) et par des non-remplacements de places déjà vacantes. Manor assure aussi qu’un plan social a été proposé et approuvé par la commission du personnel.


Deux années noires pour le commerce de détail

2016

-  En février, la chaîne de magasins de vêtements Blackout, dont le siège est à Oensingen (SO), ferme 11 de ses 92 succursales.

-  En avril, le groupe Bata, dont le siège est à Lausanne, ferme ses 29 magasins de chaussures en Suisse, une mesure qui concerne 175 salariés sur un total de 300.

- En mai, le Tribunal d’arrondissement de Lausanne prononce la mise en faillite de Switcher, la marque de vêtements à la baleine jaune. Quarante employés sont licenciés.

- En juin, Migros réorganise sa branche de l’ameublement. Les filiales Micasa et Interio sont dotées d’une gestion et d’une direction centralisées. Une vingtaine d’emplois disparaissent.

- En juillet, la chaîne de magasins fribourgeois Happy Baby, spécialisée dans la vente de produits pour bébés, fait faillite. Cinquante emplois passent à la trappe.

2017

- En avril, le Tribunal de la Gruyère prononce la faillite du groupe fribourgeois Yendi. Les 96 magasins ferment leurs portes et 420 postes de travail disparaissent.

- En mai, le groupe de mode schwyzois Charles Vögele, vendue à la société italienne Sempione Retail, coupe dans les effectifs. Environ 160 postes sont supprimés au département logistique du siège de Pfäffikon et à Freienbach, dans le canton de Schwyz. Le groupe avait déjà supprimé 50 postes début 2016 à Pfäffikon.

- A la mi-mai, le groupe Migros décide de redéfinir l’orientation stratégique de Globus vers le segment premium. Dans la foulée, le grand distributeur annonce la disparition de 80 postes sur 400 à la centrale de Globus, à Spreitenbach (AG).

- En août, Manor supprime 200 emplois à Bâle. En 2015, le groupe y avait déjà biffé 139 postes.

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