L’histoire

La leçon de «corporate bullshit» d’Uber

A Zurich, la société californienne a retiré ce jeudi son service le moins cher, UberPop, assuré par des chauffeurs non professionnels. Les raisons évoquées pour justifier cette décision sont plus étonnantes qu’on pourrait l’imaginer

L’explication diffère selon le profil. Si vous êtes utilisateur, comme l’auteure de ces lignes, la décision d’Uber, la société californienne qui connecte des chauffeurs et des utilisateurs, de renoncer à sa catégorie «Pop» à Zurich a pour but de vous rendre service. Oui. Vous faciliter la vie, même. Vous n’avez plus accès au service le moins cher de la start-up californienne, mais, désormais, explique-t-elle dans sa newsletter de mercredi soir, «pour vous, cela signifie des choix plus faciles et des temps d’attente plus courts».

C’est vrai, choisir entre trois options, c’est toujours un peu compliqué, surtout quand les prix sont différents. Sinon, d’où viendrait l’adage, deux c’est assez, trois c’est trop? «Restons simples», dit l’entreprise. Concentrons-nous sur l’essentiel, le service professionnel, standard, UberX, et luxe, UberBlack.

Plus facile pour les chauffeurs

Uber «écoute les feedbacks et en tient compte pour améliorer l’expérience à la fois du côté des utilisateurs et des chauffeurs», explique aussi le communiqué de presse. Si vous faites partie de ces derniers, vous auriez vous-même exprimé le souhait de voir disparaître cette fonction, parce que vous espérez gagner de l’argent avec Uber. Souhait on ne peut plus légitime.

Ainsi, vous avez encore plus de chance (et tous les Zurichois aussi): la société valorisée à 69 milliards de dollars veut rendre l’obtention d’une licence professionnelle «plus facile pour les chauffeurs – par eux-mêmes – d’ici à trois mois de façon à ce qu’ils puissent gagner leur vie et continuer à contribuer à l’économie locale». Elle ne dit pas vraiment comment, par contre.

Voilà pour le corporate bullshit, ce langage utilisé par les entreprises pour enjoliver la réalité. Il y a peut-être une autre explication, plus terre à terre, à cette décision. L’entreprise californienne était en conflit avec les autorités zurichoises comme avec celles d’autres villes autour du globe pour des raisons similaires. En juin, l'administration rappelait que les chauffeurs non professionnels n’étaient pas autorisés à pratiquer cette activité plus de deux fois par semaine et ne devaient en retirer aucun profit. Dans la pratique, les choses se passaient un peu différemment. Jusqu’à mercredi soir et l'arrêt du service. De quoi simplifier, aussi, la vie des inspecteurs du travail: un argument qu'Uber n'a pas osé évoquer dans son communiqué.

Uber conteste cependant: «Cette interprétation des faits n’est pas correcte. La transition de UberPop vers UberX, voulue de longue date par nos partenaires chauffeurs, est à leur avantage: POP était par définition une activité accessoire, elle devient un service professionnel, que les chauffeurs peuvent pratiquer à temps plein s’ils le souhaitent. Les utilisateurs sont également les grands gagnants de cette décision car cette transition facilite l’utilisation de l’application et offre un meilleur service. »

Note: cet article a été modifié pour inclure la réaction d'Uber.

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