La Chine risque un atterrissage brutal

Ralentissement Les derniers indicateurs font douter de l’objectif de 7,5% de croissance pour 2014

Les investissements étrangers, la production industrielle et l’immobilier reculent

Début septembre, la bourse voulait encore y croire. Le seuil des 25 000 points, un record depuis 2008, venait d’être franchi par le Hang Seng, l’indice de la bourse de Hongkong composé notamment de Bank of China, Lenovo, ou encore Sinopec. L’espoir d’un nouveau soutien à l’activité de Pékin alimentait le marché. L’objectif de 7,5% de croissance du produit intérieur brut (PIB) pour 2014 venait d’ailleurs d’être reconfirmé par le premier ministre lors de la réunion annuelle en Asie du Forum économique mondial, près de la capitale, à Tianjin.

Trois semaines plus tard, le soufflé est retombé. Le Hang Seng, certes toujours en hausse de 6% depuis janvier, a effacé ses gains des deux derniers mois. Même l’intervention de la banque centrale chinoise la semaine passée – 500 milliards de yuans (76 milliards de francs) libérés pour les cinq plus grandes banques – n’a pas renversé la tendance. La perspective d’une croissance structurellement plus faible, voire d’un atterrissage brutal de la deuxième économie mondiale et ses 9000 milliards de dollars de PIB, se concrétise.

Une série de chiffres publiés ces dernières semaines alimentent les doutes de nombre d’économistes. Tout d’abord la production industrielle (près de 44% du PIB). Elle n’a progressé que de 6,9% en août, contre 9% en juillet, selon le bureau national des statistiques. Soit son niveau le plus faible depuis la crise financière mondiale de 2008.

L’immobilier ensuite. Les ventes de logements ont reculé de 10,9% sur les huit premiers mois de l’année. En août, les prix ont diminué pour le quatrième mois consécutif dans la majorité des 100 plus grandes villes, d’après China Index Academy.

Autre signal de ralentissement, la baisse de 14% des investissements directs étrangers, après une contraction de 17% en juillet, et de 1,8% depuis janvier, selon le Ministère du commerce. Enfin, la consommation, sur laquelle Pékin mise pour réorienter la croissance du pays, décélère. En août, les ventes de détail ont progressé de 11,9%, contre 13,4% il y a un an.

«Les 7,5% de croissance font office de chiffre magique, sourit Kui-Wai Li. Certains y croient toujours et le gouvernement peut décider de dépenser les réserves suffisantes pour l’atteindre, mais cela ressemblera plus à un artifice qu’à de la vraie croissance.» Le professeur d’économie à la City University de Hongkong estime qu’«après trente ans de croissance, l’économie chinoise ne peut plus se développer en comptant seulement sur les investissements».

Longtemps banquier à Genève, Raymond Hêche a créé Nivalis l’an passé à Hongkong. Sa société de gestion conseille ou gère plus de 80 millions de dollars américains. Pour lui aussi, «la Chine se transforme et ne peut échapper à une réduction du rythme de sa croissance». Si la vitesse de croissance «se rapproche des 6%, ce sera un signe positif, la preuve que la Chine s’engage sur la voie de réformes sérieuses. D’ailleurs, l’indicateur le plus important n’est pas la progression du PIB, mais la création d’emplois, qui reste solide. Trois quarts des postes créés l’ont été dans le secteur non public, ce qui signale aussi une évolution favorable de la Chine vers une économie moins planifiée.»

Planifiée, le mot fait lever les bras au ciel de Kui-Wai Li. Auteur d’Economic Freedom: Lessons of Hong Kong, (2012, World Scientific), il estime que la structure de la Chine «doit évoluer, et en particulier passer à une économie davantage tirée par le marché, et se diversifier. Or cela prend du temps».

Et le professeur doute «de la capacité de Pékin à vraiment réformer le pays. Il y a bien une action menée contre la corruption, mais elle ressemble en fait plus à un instrument pour renforcer le pouvoir et le Parti communiste. Rappelez-vous du Japon dans les années 1980 ou de Lehman Brothers avant 2008… La Chine aussi est dite trop riche, trop grande pour tomber.»

Ces derniers jours, l’introduction en bourse d’Alibaba a pourtant montré le visage d’un pays capable de faire émerger des acteurs privés d’envergure mondiale. Le géant du commerce en ligne «n’est pas un cas isolé de réussite entrepreneuriale, se réjouit Raymond Hêche. Il y a aussi Baidu ou encore JD.com.»

Kui-Wai Li y voit plutôt des exceptions: «Le marché intérieur est encore très fragmenté et peu accessible aux groupes étrangers, ce qui empêche l’économie de réellement se diversifier. D’où le risque d’une panne de croissance.»

Une croissance proche des 6% serait une preuve que la Chine s’engage sur la voie de réformes sérieuses