Environnement

L’économie circulaire devient une opportunité d’investissement

Louer plutôt qu’acheter et réparer plutôt que jeter. Une société de gestion genevoise parie sur le développement de ces principes de consommation

L’économie circulaire, c’est Philips qui loue de la lumière plutôt que de vendre ses ampoules. C’est Rolls-Royce qui loue de la puissance plutôt que de vendre des moteurs d’avions. Dans ces deux exemples réels, le producteur devient un fournisseur de service, en échange d’un abonnement. Il a donc tout intérêt à ce que ses produits soient fiables et performants: moins il aura à les réparer et plus il gagnera de l’argent.

Contrairement à la logique de l’économie linéaire – produire, consommer, jeter, remplacer –, un acteur de l’économie circulaire n’est pas non plus encouragé à produire et à vendre un maximum d’unités. Des financiers genevois viennent de décliner cette nouvelle approche de consommation en opportunité d’investissement.

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L’économie circulaire vise aussi à «minimiser l’utilisation de matières premières, à imaginer des produits qui pourront être facilement démontés et réparés, bref, à faire en sorte que la matière soit transformée dans une succession de boucles, pratiquement sans limites», explique Clément Maclou, responsable des investissements liés aux nouveaux modes de consommation chez Decalia, à Genève.

Economie du partage

Le gérant, un ancien de la filiale d’Amundi CPR, relève que la transition vers l’économie circulaire sera soutenue par la volonté de la Commission européenne d’investir 5,5 milliards d’euros dans la gestion des déchets à travers ses fonds structurels et d’investissement.

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Dans cette nouvelle stratégie thématique, la société de gestion genevoise (3,2 milliards d’actifs) utilise le même processus que celui qui sous-tend ses fonds sur le vieillissement de la population et sur l’émergence des millennials, ces jeunes adultes nés autour du changement de siècle.

Dans la pratique, l’univers d’investissement de l’économie circulaire comprend les secteurs de la nutrition (pour éviter le gaspillage), de la santé (favoriser la prévention) ou encore des industries innovantes (matériaux intelligents), l’économie du partage et, bien sûr, l’environnement (eau, déchets, énergie renouvelable). Le fonds actions mondiales choisira parmi 550 valeurs dont un tiers d’américaines, un tiers d’européennes et 15% de japonaises notamment.

Notation durable

La sélection des entreprises repose sur deux critères, reprend Clément Maclou: «Dans une société ayant plusieurs divisions, celle qui est active dans l’économie circulaire doit représenter au moins 20 à 25% du chiffre d’affaires total et doit être en phase de croissance, afin d’exercer une influence sur le reste de l’entreprise.» Et si ce pourcentage n’est pas disponible, «alors nous effectuons un travail d’analyse financière, en contactant les sociétés pour évaluer la part de produits qui sont remis en vente, réparés, etc.», poursuit le spécialiste.

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En Suisse, des valeurs comme Gurit (matériaux intelligents), Tecan (prévention et diagnostic médical) ou Aventron (énergies renouvelables) sont susceptibles d’être intégrées dans le portefeuille. L’équipe de gestion utilise aussi des données extra-financières fournies par MSCI. Le fonds sur l’économie circulaire devrait être labellisé «durable» dans le courant de l’été, assurent également ses animateurs.

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