Il y a deux ans. Ou peut-être était-ce vingt? Depuis les émeutes ayant éclaté en Tunisie en janvier 2011, l’ampleur – et la rapidité – des changements intervenus a plongé le monde arabe dans le chaos. Responsable du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) à Genève, Hasni Abidi a réuni, le temps d’un ouvrage collectif, des spécialistes de la région, afin de faire le point sur la transition dans laquelle se sont engagés ces pays.

Parmi les aspects abordés, l’économie, thématique négligée par les commentateurs de ce qui était alors perçu comme un «Printemps arabe» il y a deux ans. «En ce moment, la presse occidentale est obnubilée par la montée des islamistes, quitte à oublier d’autres enjeux, plus fondamentaux, parmi lesquels la situation générale d’échec économique partagée par les pays arabes», explique Akram Belkaïd, l’un des contributeurs. Journaliste et essayiste – auteur d’un récent «Etre Arabe aujourd’hui» –, ce dernier rappelle que ce qui était le «problème dominant» au moment des premières révoltes n’a en rien disparu. Bien au contraire. «Les deux tiers de la population – en majorité des jeunes – attendent une amélioration des conditions de vie… et pour commencer un travail», explique Akram Belkaïd, récemment rencontré à Genève.

Frustrations et récupération

Cette situation a, un temps, porté le mouvement contestataire ayant fait tomber les régimes autoritaires. «Le désenchantement sert aujourd’hui les jusqu’au-boutistes», poursuit ce collaborateur du Monde diplomatique et du Quotidien d’Oran. Le marasme économique a perdu le tyran, trahi les espoirs d’une transition démocratique rapide. Il coupe à présent l’herbe sous les pieds des conservateurs à Tunis ou au Caire. «L’un des arguments des salafistes en Tunisie reste que la situation ne s’est pas améliorée en deux ans, bien au contraire», témoigne le journaliste d’origine algéro-tunisienne. «Et aujourd’hui on ne sait encore rien des politiques économiques qui seront mises en place», poursuit-il.

Les chancelleries occidentales désargentées – comme un Qatar soutenant à bout de bras un pays de 80 millions d’habitants, l’Egypte – sont aujourd’hui convaincues que seule l’amélioration économique permettra une transition vers davantage de sérénité. Mais aussi vers le contrôle du pouvoir.