L'emploi déçoit, les marchés exultent. Presque paradoxale, la réaction immédiate des investisseurs à la statistique publiée vendredi est directement liée aux nouvelles règles du jeu édictées par la Réserve fédérale américaine: un renforcement de la lutte contre l'inflation sur fond de renchérissement du pétrole et des matières premières.

Prôné par le nouveau patron de la Fed, Ben Bernanke, ce combat a commencé à se nourrir, semaine après semaine, des principaux chiffres économiques des Etats-Unis. De quoi injecter une bonne dose de volatilité dans les marchés.

Dans les faits, la croissance nettement inférieure aux attentes de l'emploi américain au mois de mai a réduit la probabilité que la Fed relève ses taux directeurs le 29 juin prochain. L'économie des Etats-Unis a créé 75000 places de travail, alors que les économistes tablaient sur 170000. Les statistiques des deux mois précédents ont été également réduites.

Dans la foulée, le Nasdaq américain a grimpé de près de 2% et l'indice S & P 500 de plus de 1,2%... avant de se replier par la suite.

La faible progression des salaires a également réjoui les investisseurs. En mai, ils ont progressé de 0,1%, contre des attentes de 0,3%. «Dans nos économies de service, entre 60 et 70% des coûts sont liés au personnel, souligne un trader genevois. Avec ce chiffre, la crainte d'une poussée inflationniste s'éloigne.»

Les taux ont immédiatement réagi et l'euro s'est envolé au-dessus de 1,29 dollar. «Les contrats future (ndlr: à terme) indiquent que les investisseurs sont partagés à 50-50 sur un relèvement des taux directeurs de la Fed, contre 70% pariant ce matin encore sur une hausse», continue le trader. En début de semaine, le procès-verbal de la dernière réunion de la Réserve fédérale, le 10 mai dernier, avait brouillé les pistes. Un rehaussement de 0,5% avait été envisagé par les banquiers centraux en raison de craintes grandissantes sur l'inflation, du jamais-vu depuis six ans.

Les actions vont continuer de souffrir

La Bourse ne va pas forcément profiter de la situation. Même si l'effritement des taux d'intérêt à long terme renforce l'attrait des titres, ce phénomène pourrait faire long feu. «Les investisseurs doivent réduire leur exposition aux actions, notamment des pays émergents et des petites et moyennes capitalisations. Les valorisations sont aujourd'hui trop élevées en regard du risque de ralentissement économique, insiste le trader. Le recul enregistré en mai va se poursuivre.»

Les nuages qui pointent dans le ciel des Etats-Unis pourraient effectivement refroidir les investisseurs. «La tendance va dans le sens d'un tassement de l'économie américaine, confie Jean-Marc Lucas, économiste de BNP-Paribas. La dynamique sur l'emploi inférieure aux prévisions en mai s'inscrit dans la ligne des enquêtes réalisées auprès des ménages et des entreprises outre-Atlantique.»