«Au moins ici, il n’y a pas de réchauffement climatique.» Cette semaine à Davos, en dépit d’un ciel sans nuages, la température varie entre -15 et -20 degrés. Quelques participants se sont donc essayés à plaisanter de la question environnementale. Mais l’exercice devient de plus en plus délicat.

Face aux pressions extérieures, le monde économique ne peut plus se permettre de rire de cet enjeu. Et encore moins de s’en départir. Alors que les critiques se sont surtout concentrées sur l’immobilisme des gouvernements, au sortir de la COP24 à Katowice, plusieurs initiatives collectives sont annoncées, à l’occasion du WEF.

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On peut par exemple citer celle lancée par le WEF lui-même pour mieux exploiter la valeur des déchets électroniques; le partenariat public-privé visant à la préservation des forêts tropicales; ou l’alliance d’une trentaine de multinationales, dont les plus diabolisées par les ONG (Total, Exxon, Dow Chemical…), pour la réduction des déchets plastiques.

«Les consommateurs attendent une révolution»

Mais immédiatement, des voix se sont élevées pour critiquer ces tentatives de greenwashing. «Vous ne pouvez pas vous contenter d’embellir votre communication, les consommateurs attendent cette révolution», a prévenu jeudi Jennifer Morgan, la directrice de Greenpeace International, à l’adresse de l’un des signataires d’«Alliance to end plastic waste», David Taylor. Pour le patron de Procter&Gamble, c’est l’union qui fera la force, pas un effort héroïque et isolé: «Nous devons nous unir pour avancer. Le nombre de personnes prêtes à s’engager que j’ai rencontrées cette semaine est très encourageant», se félicite-t-il.

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Ce qui se cache derrière cette méfiance systématique de la société civile et des consommateurs? Une véritable envie de changement. La demande évolue, l’offre doit donc s’adapter. Et si les bonnes volontés se font entendre, le monde économique a besoin d’incitations pour vraiment repenser son mode de fonctionnement.

Le secteur privé s’est réveillé et prend des mesures. Mais son rythme est trop lent, il n’est pas adapté à l’urgence de la situation

John Kerry, ancien secrétaire d’Etat américain

Sur la chaîne CNBC mardi, le patron du groupe énergétique italien Enel a eu le mérite de l’affirmer tout haut: «La transformation du secteur de l’énergie, et des autres industries, n’a pas lieu parce que des environnementalistes nous y forcent. Elle a lieu pour des raisons économiques. Si on néglige cette transition vers davantage de durabilité, on va en payer le prix.»

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«On a besoin d’un nouveau Bill Gates»

Patrick Odier, ancien président de l’ASB et associé gérant de Lombard Odier, ne dit pas autre chose. «Ce n’est pas un rachat de conscience. C’est une prise de conscience.» Dans sa banque, en pointe dans le domaine de l’investissement durable, «il ne s’agit pas d’exclure les mauvais élèves, mais de favoriser les entreprises qui font des efforts pour s’améliorer. Ce n’est pas l’altruisme qui nous oriente, c’est la gestion du risque.» Autrement dit, il y a un vrai bénéfice comptable – à long terme – à rendre son modèle plus durable.

Les dirigeants économiques affirment qu’ils sont engagés. Pourtant, la vitesse de la mobilisation semble faire défaut. Dans un sondage réalisé par PwC, publié lundi, la question environnementale n’arrive qu’en 13e position des préoccupations des patrons. Derrière, par exemple, la volatilité des taux de change ou la surréglementation.

John Kerry s’en désole: «Le secteur privé s’est réveillé et prend des mesures. Mais son rythme est trop lent, il n’est pas adapté à l’urgence de la situation.» Pour l’ancien secrétaire d’Etat américain, c’est dans le secteur énergétique – et dans la politique qui le régit – que doivent être engagés les principaux investissements. «On a besoin d’un nouvel Elon Musk, d’un nouveau Sergey Brin, d’un nouveau Bill Gates… Peu importe. Mais celui qui trouvera la solution au stockage d’énergie solaire sera le vrai game changer