Trois jours après la démission du ministre des Finances, Benyamin Netanyahou, la Bourse de Tel-Aviv, dont les principaux indicateurs avaient chuté de 5% à l'annonce de la nouvelle, a retrouvé le rythme de croissance élevé qui la caractérise depuis le début de l'année. Autour de la rue Ehad A-ama (son siège à Tel-Aviv), les courtiers semblent d'autant plus optimistes qu'Ariel Sharon et son homme de confiance, Ehoud Olmert (le successeur de Netanyahou), ont promis de poursuivre la même politique que le ministre démissionnaire. A savoir, la réduction des dépenses de l'Etat et la privatisation de tout ce qui peut l'être.

Lorsqu'il est entré en fonction au début de 2003, Netanyahou a trouvé une économie sinistrée par l'explosion de la bulle technologique (le high-tech israélien est le principal exportateur du pays), par l'effondrement du secteur touristique (de deux millions par an, le nombre de visiteurs étrangers était passé à moins de cinq cent mille) et par l'augmentation exponentielle des dépenses militaires dues à l'Intifada. La croissance était alors négative, et le taux de chômage dépassait 10%.

Deux ans et demi plus tard, l'embellie promise par le ministre lors de sa prestation de serment est a priori devenue réalité. La croissance annuelle tourne autour des 4%, et le chômage est repassé sous la barre des 10%. Selon le Bureau central des statistiques (BCS), 140 000 emplois ont d'ailleurs été créés en dix-huit mois.

En quelques mois, Netanyahou a réalisé plusieurs réformes «historiques» comme la transformation de l'omnipotente régie portuaire nationale en trois unités concurrentes, la vente de la banque Discount (le deuxième établissement bancaire du pays contrôlé par l'Etat), la privatisation d'El Al (Israel Airlines) ainsi que celle de l'armateur Zim. En outre, le système bancaire a été transformé en profondeur (les banques ne contrôlent plus les fonds d'investissement et de pension) et Israël se prépare à appliquer la politique de l'«open sky».

Le revers de la médaille

A contrario, en démissionnant, Netanyahou a interrompu le processus de privatisation de la compagnie nationale d'électricité, de Mekorot (la compagnie des eaux), de la compagnie téléphonique nationale Bezek, et de la régie des aéroports. Trois challenges pour Olmert, qui promet de «s'y attacher tout de suite».

Si les milieux financiers ne tarissent pas d'éloges sur la politique économique de Netanyahou, la plupart des commentateurs économiques ne se privent pas d'insister sur l'envers de la médaille. «Le retour à la croissance est une réalité, mais nous l'avons payé cher», affirme ainsi Nehemia Stroessler (Haaretz). Pour équilibrer les budgets de 2003, de 2004, et de 2005, «Bibi» a coupé dans toutes les allocations sociales alors que plusieurs dizaines de milliers de fonctionnaires étaient licenciés. Oui, 140 000 emplois ont bien été créés, mais ils sont payés moins que le salaire minimum et sans les conditions sociales légales (congés payés, cotisation retraite, congés maladie). C'est de l'esclavage organisé.»

A ce propos, le BCS vient de révéler que l'écart entre les Israéliens les plus riches et les plus pauvres est passé de un à deux cents, alors qu'il était de un à quatre du temps du premier ministre David Ben Gourion. Quant à l'Office de la sécurité sociale, il a publié lundi un rapport selon lequel 1,5 million d'Israéliens (sur une population de six millions) vivent désormais sous le seuil de pauvreté fixé à 400 francs par mois. Le même rapport précise que 33% des enfants israéliens ne mangent pas tous les jours.