L'économie japonaise a vu sa croissance s'accélérer au deuxième trimestre, retrouvant son niveau de l'avant-pandémie. Mais son élan pourrait s'essouffler au second semestre.

Entre avril et juin, le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 0,5% sur un trimestre, selon des données préliminaires publiées lundi par le gouvernement, après avoir stagné au premier trimestre (chiffre révisé). Le consensus d'économistes de l'agence Bloomberg s'attendait à une croissance légèrement supérieure (+0,7%).

Le deuxième trimestre a été marqué par une forte poussée de la consommation des ménages nippons (+1,2%), après la levée des restrictions sanitaires qui avaient été remises en place au Japon entre janvier et mars face au variant Omicron du Covid-19. Celle-ci a cependant été plus limitée que ne l'attendaient les analystes il y a quelques mois. Les investissements non résidentiels des entreprises ont également été vigoureux (+1,4%).

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La contribution du commerce extérieur au PIB a été nulle, alors que les exportations japonaises, historiquement un moteur de l'économie nationale, ont été freinées tout comme les importations par les confinements en Chine, et la balance commerciale déséquilibrée par la chute du yen.

Un troisième trimestre compliqué pour les dépenses des ménages

Le Japon est constamment en déficit commercial depuis août dernier. Ce qui n'aide pas à stabiliser sa monnaie, laquelle souffre aussi de l'écart grandissant entre la politique monétaire toujours ultra-accommodante de la Banque du Japon (BoJ) et le resserrement monétaire à l'oeuvre dans les autres économies développées, Etats-Unis en tête, pour contrer une inflation élevée.

Le mois dernier, la BoJ a abaissé à 2,4% sa prévision de croissance du PIB nippon en 2022-2023, contre 2,9% lors de ses précédents pronostics en avril, mais a relevé de 0,1 point sa perspective de croissance pour 2023-24, à 2%. Pour 2024-2025, elle prédit une croissance de 1,3%, contre 1,1% jusqu'alors.

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Les économistes notent les vents contraires qui s'annoncent au troisième trimestre pour la troisième économie mondiale et en particulier pour les dépenses des ménages, avec la hausse des prix à la consommation et une remontée des infections au coronavirus. Le Japon connaît depuis fin juin une septième vague de cas de Covid-19, la plus violente jusque-là en termes de cas recensés quotidiennement Aucune restriction n'a été annoncée, mais cela devrait néanmoins peser sur l'économie.

Des perspectives «peu réjouissantes» à long terme

L'inflation, qui demeure modérée au Japon comparé aux autres pays industrialisés, devrait également peser sur la consommation des foyers Japonais alors que les salaires augmentent moins vite que les prix.

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«Nous ne sommes cependant pas exagérément pessimistes», ont commenté Masamichi Adachi et Go Kurihara dans une note d'UBS en amont de l'annonce du PIB, où ils notent que «le taux d'épargne des ménages est assez élevé et les bénéfices des entreprises sont importants, ce qui signifie que le potentiel d'augmentation des dépenses est significatif» au cours des prochains mois.

A long terme cependant, «les perspectives sont peu réjouissantes», a récemment souligné Yuki Masujima de Bloomberg Economics, estimant que la population qui diminue au Japon «signifie que le PIB potentiel se dirige vers une contraction inévitable». Selon lui, «il sera essentiel de générer une croissance plus rapide de la productivité en augmentant les investissements».