«La détresse des petits patrons face à la crise». Paru dans Le Monde au début du mois, cet article, qui faisait état du désespoir profond dans lequel de nombreuses PME françaises sont plongées, a marqué les esprits.

Affirmer que le tableau est tout autre en Suisse relèverait de l’imprudence, tant l’économie suisse est hétérogène et multicolore. La semaine dernière, la révision des estimations conjoncturelles du Secrétariat d'Etat à l’économie (Seco) a néanmoins rappelé la force de résistance des sociétés suisses, même si celles-ci sont bien sûr soutenues par le chômage partiel.

Comment expliquer une souplesse et une ingéniosité qui, lors de chaque crise, époustouflent les observateurs? L’économiste Rudolf Minsch dit tout haut ce que beaucoup soupçonnent: la crise financière de 2009 puis les chocs du franc fort pourraient avoir habitué nos entreprises à gouverner par mauvais temps. Une aptitude également favorisée par l’étroitesse du marché intérieur suisse, qui condamne l’industrie à se surpasser pour briller sur la scène internationale.

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Interrogée il y a quelques jours en marge d’un événement économique, Aude Pugin mettait toutefois en garde: aussi impressionnante qu’elle soit, la résilience des entreprises suisses a des limites, a martelé la patronne de la PME vaudoise APCO Technologies. Celle qui préside la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie ne cachait pas sa crainte de voir des entreprises appauvries ne pas avoir les moyens d’investir dans une transition numérique gourmande en capital.

C’est un secret de Polichinelle, l’économie suisse n’est pas en avance dans sa mue digitale. Et si elle a bien résisté aux crises du passé, c’est aussi grâce à quelques mesures ciblées qui tardent cette année à être prises. Il est ainsi étonnant qu’Innosuisse ne soit pas encore sortie du bois, comme elle l’a fait en 2011 et en 2015. L’Agence fédérale pour l’innovation pourrait par exemple promouvoir les partenariats de développement entre PME et start-up, une voie sous-exploitée en Suisse.

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Il est surprenant, encore, que la Confédération n’envisage pas d’autoriser les entreprises à toucher l’argent du chômage partiel, tout en faisant travailler leurs unités de R&D.

Bref, après le remède de cheval appliqué en mars est venu le temps des traitements personnalisés, à administrer aussi avec parcimonie au grand malade qu’est l’hôtellerie urbaine.

Le conseiller fédéral Guy Parmelin rencontre jeudi les milieux économiques. Il faut espérer que des propositions concrètes sortiront de ces échanges. Car personne n’a envie d’emprunter à Alain Berset sa désormais célèbre réplique, afin de scander que, pour certaines entreprises, il est aussi «minuit moins cinq».

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