Toujours plus haut. Le prix du baril de pétrole ne cesse de grimper. Et des voix de plus en plus nombreuses se font entendre pour dire que cela va durer. Hier encore, le marché de Londres a franchi un nouveau record historique, à 53,32 dollars. A New York en début de séance, le baril a rejoint son plus haut d'octobre dernier à 55,65 dollars. La hausse des stocks américains annoncée dans la journée, supérieure aux attentes, n'a guère eu d'effet.

Depuis le début de l'année, le cours de l'or noir a augmenté de près de 30%. Il y a un an, il valait moins de 40 dollars. Ce renchérissement constitue «un facteur de risque» pour la croissance, a estimé Gertrude Tumpel-Gugerell, membre de la direction de la Banque centrale européenne.

Il va pourtant falloir s'habituer à ce tarif. «Le prix du baril devrait rester un certain temps autour de 50 dollars, estime Eric Joyau, spécialiste pétrole de la banque Bordier. Je ne vois pas de raison pour qu'il baisse de manière significative au cours des six premiers mois de l'année.» Mardi, le gouvernement américain a officiellement annoncé qu'il s'attend à ce que le baril reste cette année à ce niveau. Tous les ingrédients, conjoncturels et structurels, sont réunis: le pétrole bon marché, c'est fini pour un moment. Si ce n'est pour toujours, comme l'a assuré la semaine dernière Hugo Chavez, président du Venezuela, cinquième producteur mondial.

A court terme, les conflits politiques inquiètent les opérateurs, actuellement très nerveux en raison de la faiblesse des réserves occidentales. Les tensions au Liban et les pressions croissantes sur la Syrie et l'Iran, deuxième producteur de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), pourraient perturber l'approvisionnement du marché. Au Sud-Soudan, les ex-rebelles remettent en cause plusieurs concessions accordées à des compagnies pétrolières, dont Total. Enfin, la réunion de l'OPEP prévue la semaine prochaine en Iran est précédée de déclarations contradictoires de ses membres. Le président vénézuélien se satisfait du cours actuel. Le ministre saoudien du Pétrole, Ali al-Nouaïmi, table sur un baril à 80 dollars d'ici à deux ans. En revanche, le chef de l'Etat nigérian appelle à une modération des prix.

Niveau de production très bas

Autre facteur conjoncturel qui explique la hausse des cours: «la durée de la vague de froid», relèvent les économistes de Société Générale dans leur dernière note. «En Europe, les prix «spot» (ndlr: instantanés) du gaz et de l'électricité ont pratiquement doublé en un mois», écrivent-ils.

Plus fondamentalement, l'offre de pétrole est limitée, tandis que la demande mondiale ne cesse de croître. Les capacités de production supplémentaires de l'OPEP affichent un niveau historiquement bas. Le prix élevé de l'or noir, qui leur a pourtant procuré des bénéfices record, n'a pas incité les compagnies pétrolières à investir pour découvrir de nouveaux puits et ainsi augmenter leurs capacités. Certaines prévisions font état d'une baisse de la production dès 2010.

Dans le même temps, de nouveaux pays se hissent au rang de grands consommateurs de pétrole. C'est en particulier le cas de la Chine et de l'Inde. Selon un rapport du National Intelligence Council américain cité récemment par le Financial Times, ces deux pays devraient multiplier leur consommation au moins par deux d'ici à 2020. Si ces deux pays ne consomment pour l'instant pas autant de pétrole que les Etats-Unis, ils sont déjà entrés en compétition avec le reste du monde pour en contrôler les réserves. En témoignent les rachats de sociétés et autres alliances que concluent actuellement les groupes chinois et indiens hors de leurs frontières.

Pour l'instant, l'économie mondiale encaisse. Le prix du pétrole ne pèse pas sur l'inflation. Mais jusqu'à quand? Jean-Claude Trichet, président de la BCE, se tient prêt. Il a déclaré hier qu'il n'hésiterait pas à relever les taux d'intérêt si elle réapparaissait.