Entre-Temps…

L’économie repart: vrai ou faux?

Depuis novembre, la confiance des marchés a été dopée par la multitude des décrets présidentiels signés par le président Trump. Mais il n’est pas certain que ce vent d’optimisme puisse s’applique à l’économie réelle

«Le printemps est dans l’air, même pour l’économie»; c’est ainsi que Christine Lagarde, directrice du FMI commente la révision à la hausse des prévisions de son organisation. Pour la première fois, les chiffres du produit intérieur brut (PIB) s’améliorent un peu partout dans le monde. La Chine affiche une croissance en hausse de 6.9% de son PIB. Si le premier trimestre américain est toujours faible (notamment à cause des intempéries), l’économie est bien orientée et le chômage est redescendu à 4,5%. Même le Brésil et la Russie semblent se diriger vers une sortie de récession.

Mais est-ce juste un sentiment ou le reflet de la réalité? Cinq des six plus grandes banques américaines – l’exception est Goldmann Sachs – ont annoncé de très bons résultats pour 2016 grâce à une excellente performance des bourses durant le dernier trimestre. Mais cela suffit-il pour refléter la performance en profondeur de l’économie ou est-ce juste une manifestation supplémentaire de «l’instinct animal» si cher à Keynes. Les valorisations restent problématiques: Tesla a une capitalisation boursière supérieure à Ford tout en ne produisant que le dixième de voitures de son concurrent.

Confiance des marchés

La confiance des marchés a été dopée par la multitude des décrets présidentiels (executive orders) signés par le président Trump dans des domaines qui rassurent les entreprises: réforme de la fiscalité (diminution des taux d’imposition, amortissements accélérés), abrogation ou simplification du Dodd-Frank Act (plus de 7000 règles…) et grands investissements d’infrastructure évalués à 1000 milliards de dollars. Signer des décrets présidentiels est relativement facile, les exécuter est une autre affaire. Le fiasco de la réforme de l’Obamacare en est un exemple.

Le plan du président Trump aura pour effet d’accroître la dette américaine d’environ 11% du PIB. De ce fait, les taux d’intérêt et le dollar risquent d’augmenter plus rapidement que ne le voudrait la Fed. Comment passer de manière ordonnée de taux d’intérêt bas à un prix de l’argent qui ne cesse d’être plus cher? Le marché obligataire mondial représente environ 100 000 milliards de dollars dont 44% libellés en devise américaine et 13% en taux d’intérêt négatifs (essentiellement des obligations d’états.). Le FMI estime que 22% des sociétés américaines risquent d’être en péril par la remontée des taux d’intérêt tandis que 230 milliards de dollars de dettes dans les économies émergentes sont vulnérables.

Doutes sur la reprise économique

L’autre grande inconnue est le prix du pétrole qui peut faire dérailler toute reprise. Pour le moment, les forces à la baisse sont la montée en puissance de la production américaine de pétrole de schiste (4,9 millions de barils/jour), les stocks mondiaux très élevés (278 jours) et l’accord de Vienne de l’OPEP sur le contrôle de la production. Par contre, une reprise économique augmenterait la demande, et donc les prix, à un moment où les explorations de nouveaux bassins n’ont jamais été aussi basses depuis 50 ans (174 en 2016 contre 450 en moyenne annuelle). Le président de l’Aramco, Amin Nasser, prédit une pénurie de l’offre de 20 millions de barils/jours.

Finalement, le test ultime d’une reprise économique solide réside dans une résurgence des investissements dans l’économie réelle. Ce n’est pas vraiment le cas ni aux États-Unis (la production manufacturière est en baisse pour la première fois depuis sept mois) ni encore en Europe. Pour les chefs d’entreprise, la question est de savoir si le sentiment euphorique qui s’est reflété dans les marchés financiers traduit une réalité dans l’économie de tous les jours. Beaucoup dépendra de la capacité du président américain à transformer ses intentions en actes. Et pour les entreprises de le croire. Pour le moment rien n’est moins sûr.


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* Président du Conseil d’administration du Temps

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