La conjoncture économique ne rend pas service à la Russie alors qu’elle préside cette année le G20. Les présidents des banques centrales et les ministres des Finances du G20 se réunissent à Moscou en fin de semaine alors que le pays hôte se voit asséner une série de mauvaises nouvelles. La croissance de la production industrielle est au point mort: 0,1% sur le premier semestre 2013. L’institut Egor Gaïdar décrit un effet de ciseau dévastateur: d’un côté les entreprises russes continuent à reculer en termes de compétitivité sur fond de coûts de production en hausse. La domination croissante des entreprises publiques sur l’économie lamine la concurrence sur le plan domestique. De l’autre, la baisse de la demande anéantit les espoirs de voir les bénéfices augmenter, ainsi que le désir d’investissement chez les investisseurs privés. Au printemps, les prévisions de croissance pour l’économie russe ont brutalement été revues à la baisse par le Ministère de l’économie: 2,4% au lieu de 3,6%. Durant la décennie 2000, l’économie russe croissait au rythme de 7% par an en moyenne.

Les problèmes structurels de l’économie russe ne s’arrangent pas non plus, si l’on en croit une étude publiée mercredi par le centre de développement de la Haute Ecole d’économie de Moscou. Le pays serait atteint par le «mal hollandais», soit le déclin de l’industrie manufacturière causé par l’accroissement des recettes d’exportations des matières premières, qui entraînent une appréciation du rouble et font chuter la compétitivité-prix des autres exportations. Selon l’économiste Valeri Mironov, les industries de transformation se développent beaucoup trop lentement: non seulement par rapport aux industries d’extraction, mais également par rapport aux industries de services, lesquelles bénéficient davantage des retombées de la rente pétrolière. La Haute Ecole d’économie a calculé que la devise russe connaissait la plus forte appréciation mondiale après la devise brésilienne. Autre menace, la forte hausse du coût du travail et de l’énergie, alors que la productivité du travail fait du surplace. Cet indice se rapproche dangereusement du palier à partir duquel on peut parler de crise.

Ambitions revues à la baisse

Mais que fait le gouvernement russe pour remédier aux problèmes? Rien qui soit au goût des économistes libéraux. Fin juin, les autorités ont décidé de revoir drastiquement à la baisse le programme de privatisations, qui devait conduire à d’importantes recettes budgétaires ainsi qu’à un relâchement de l’emprise des corporations d’Etat sur l’économie, la réduction de la bureaucratie et l’essor de l’activité entrepreneuriale. Au lieu des 100 milliards de dollars que l’Etat comptait lever sur cinq à sept ans en vendant ses parts dans des entreprises publiques, il n’est plus question que de 10 à 15 milliards.

Le gouvernement justifie ce recul par une conjoncture défavorable sur les marchés financiers. Pas question de brader les bijoux de l’Etat, a prévenu Vladimir Poutine. Mais pour l’économiste Chris Weafer, la vraie raison est toute autre: «il existe une forte opposition au sein du gouvernement contre le relâchement du contrôle sur les industries stratégiques. D’où une frustration croissante des investisseurs.» Ce qui se ressent sur les valeurs boursières russes. Selon Bloomberg, elles se sont en moyenne appréciées à seulement 50% de la valeur de leurs pairs des BRICS. Les index moscovites MICEX et RTS ont plongé depuis le début de l’année, ne se redressant ces deux dernières semaines que grâce aux tensions en Egypte qui ont stimulé le cours du pétrole. Le G20 aura lui aussi besoin d’être stimulé cette semaine à Moscou. Mais les décideurs russes en seront-ils capables?