Un taux de chômage qui baisse moins qu'attendu en juillet, des prévisions du KOF (Centre de recherches conjoncturelles de l'Ecole polytechnique de Zurich) qui tendent à démontrer que la croissance du PIB est sur la pente descendante, un indicateur des responsables des achats qui chute en juillet: les dernières nouvelles suisses semblent quelque peu éloignées de l'euphorie qui prévalait il y a encore quelques mois. Faut-il craindre un renversement de tendance? Non, mais de l'avis des économistes, il est clair que l'activité ne peut continuer à croître avec la même ampleur qu'elle ne l'a fait ces deux derniers trimestres. Un ralentissement va donc intervenir mais dans des proportions raisonnables.

Ce sont les indicateurs du KOF qui illustrent le mieux ces anticipations. Le baromètre conjoncturel du centre zurichois donne en effet une indication de l'évolution du PIB dans les six à neuf mois à venir. Et, depuis trois mois, il apporte les signes avant-coureurs d'un léger ralentissement de l'activité économique: alors qu'il s'établissait à 1,41 point en avril, il est passé à 1,38 point en mai pour terminer à 1,35 point en juin. «La croissance du PIB reste forte mais devrait avoir atteint son niveau le plus élevé», constatent les économistes du KOF. Dans l'industrie, détaillent-ils, la progression des entrées de commandes s'est quelque peu ralentie en juin par rapport à l'année précédente et l'évaluation des carnets de commandes ne s'est que très peu améliorée. En outre, les prévisions d'achat des produits intermédiaires ne sont qu'en minime hausse. Dans la construction, les carnets de commandes réelles continuent d'indiquer une progression légèrement affaiblie. En revanche, les ménages continuent à penser que leur situation financière s'améliorera un petit peu dans les douze mois.

Deux facteurs principaux plaident en faveur d'un ralentissement de l'activité durant le second semestre 2000 et surtout en 2001. En premier lieu, la politique monétaire restrictive menée depuis fin 1999 par la Banque nationale suisse et qui devrait, selon Fabio Alessandrini, analyste chez Lombard Odier & Cie, déployer ses effets dès la fin de cette année. Cela pourrait être particulièrement vrai dans le domaine de l'immobilier mais moins dans celui des crédits en général qui ne jouent pas un grand rôle en Suisse au contraire des Etats-Unis, tempère Beat Kaiser, responsable du marché suisse chez Darier Hentsch & Cie à Zurich.

Second facteur, les derniers taux de croissance observés (+3,4% annuels au premier trimestre) sont trop élevés pour poursuivre sur le même rythme. «Le poids des exportations (dans le redémarrage économique) a été très important et n'est pas soutenable. Il va faiblir et peser sur l'activité», estime ainsi François Savary, responsable de la stratégie de placements à la Deutsche Bank (Suisse). L'avantage de ce scénario, en Europe comme en Suisse, est qu'il isolera l'ensemble du continent de l'évolution de l'économie américaine, la consommation et les investissements prenant le relais des ventes à l'étranger. Ce qui signifie que l'activité européenne et helvétique sera suffisamment vigoureuse pour soutenir l'avènement d'un «soft landing» outre-Atlantique s'il se concrétise, conclut François Savary. Voilà pourquoi on peut s'attendre à un tassement modéré mais certainement pas à un retour à la récession.

Beat Kaiser est plus sceptique sur l'apparition de ce tassement qui relève à ses yeux autant de l'espoir que de prévisions. Attention à l'effet chômage, avertit-il notamment, et à ses incidences sur la confiance des consommateurs. En dépit de l'annonce mardi de résultats légèrement inférieurs aux prévisions, le taux de chômage est très bas, proche du plein-emploi. En juillet, il est resté à son niveau de juin. Ainsi 65 140 personnes sont sans emploi en Suisse (–822) et 116 250 sont inscrites comme demandeurs d'emploi (–3578).