Rapport

Comment l’économie suisse peut profiter de la numérisation

Economiesuisse a publié avec le think thank W.I.R.E une étude faisant le point sur la transition numérique. Entre scénarios et points de friction potentiels, l’association faîtière des entreprises glisse quelques recommandations

Votre enfant a de la fièvre? Des imprimantes 3D pourront lui fabriquer des médicaments au dosage approprié et en forme d’ourson. Vous habitez dans une région reculée? Des transports publics personnalisés, où des véhicules autonomes viendront vous chercher, à la demande.

Dans une étude en collaboration avec le think tank zurichois W.I.R.E., economiesuisse a envisagé quelques scénarios d’évolution de la technologie. Des scénarios, sciemment «positifs», mais qui ne «présentent pas des mondes de science-fiction», précise le rapport. Ils «extrapolent» plutôt «à partir de produits et concepts actuels».

Sortir de l’euphorie ou l’inquiétude

C’est ainsi que l’étude, présentée mardi à la presse à Zurich, imagine des robots qui font le ménage et sortent le chien ou un système signalant la fin du stock de papier toilette, enclenchant automatiquement une commande, elle-même livrée sans qu’un humain ne doive intervenir, ou presque. Les chercheurs envisagent un système permettant de partager uniquement certaines données personnelles – pour aider la recherche en santé – et bloquer l’accès à d’autres, les données financières par exemple.

Pour en savoir plus: Tous les scénarios imaginés par le rapport

Car, pour l’association faîtière des entreprises, la technologie suscite craintes disproportionnées ou enthousiasme exagéré, selon l’interlocuteur. Des positions aussi extrêmes, de l’euphorie à l’incertitude, «ne constituent pas une base idéale pour une discussion ouverte et objective sur l’avenir numérique de la Suisse», a déploré Heinz Karrer, président d’economiesuisse.

La démarche du lobby se présente donc comme un état des lieux du développement technologique et de ses enjeux dans une perspective globale. Car, comme l’a encore regretté le responsable, la Suisse se concentre sur des problématiques isolées – la fiscalisation des robots ou l’avènement d’Uber – plutôt que de prendre une perspective plus large sur la signification de la numérisation pour le pays.

Et celui-ci a de bonnes chances de profiter de ce changement, a insisté le lobby des entreprises. Surtout s’il capitalise sur ces forces, son «ADN», dont font partie l’ouverture, la diversité ou la tradition de responsabilité individuelle. Rudolf Minsch, chef économiste d’economiesuisse, note néanmoins quelques potentiels de tension, par exemple entre une technologie qui se développe à grande vitesse et un processus de décision politique suisse lent.

Des rênes plutôt longues

L’occasion, donc, de glisser quelques recommandations chères à economiesuisse, comme une réglementation modeste: «Au lieu de réglementer de nouveaux modèles d’affaires, il serait préférable de déréguler, pour permettre aux prestataires existants de rester compétitifs», a expliqué Rudolf Minsch, qui s’est fendu d’une métaphore:

«L’objectif est de donner des rênes aussi longues que possibles à tous, plutôt que des rênes courtes à chacun.» De même, la politique des données «ne doit être ni directive, ni restrictive, et elle ne doit pas freiner l’innovation».

L’association préconise aussi de développer les compétences numériques, un écosystème et des réseaux ainsi que les infrastructures de base. Et surtout, ne pas déstabiliser un système fiscal et social qui fonctionne, a ajouté l’économiste, visant notamment la proposition de taxer les robots, «qui ne sont rien d’autres que du capital – et celui-ci est déjà imposé» et souhaitant des modèles «adaptés» pour les start-up, qui ne doivent pas «entraver l’innovation».

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