Technologie

Pour l’économie suisse, les promesses de la 5G tarderont à se concrétiser

Jeudi, Swisscom a dévoilé les possibilités offertes par la téléphonie mobile du futur. Mais, faute d’un changement de régulation, la 5G ne déploiera ses effets qu’au compte-gouttes

La relation de l’homme à la machine se pose avec une acuité inédite en ces années 2010. L’avènement des assistants vocaux, du corps augmenté ou de l’intelligence artificielle suscite d’innombrables questions. A l’occasion d’un colloque à l’EPFL, nous consacrons une série d’articles à ces enjeux.

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Ce n’est qu’une question de mois, voire de semaines: à la fin de l’année au plus tard, les licences pour la 5G seront vendues aux enchères en Suisse. Swisscom, Salt et Sunrise pourront alors déployer les réseaux de téléphonie mobile du futur, donnant droit à de nombreux nouveaux services, comme l’a montré l’opérateur historique jeudi, lors d’une conférence à l’EPFL. Mais ce n’est pour l’heure que de la théorie. Car les milieux politiques n’ont toujours pas assoupli la réglementation sur les rayonnements.

A l’occasion de sa conférence Dialogue Experience, tenue au SwissTech Convention Center de l’EPFL – et dont Le Temps était partenaire –, l’opérateur a levé le voile sur les promesses de la 5G. «Par rapport à la 4G actuelle, la 5G propose des évolutions: on passera d’un débit théorique par utilisateur de 1 Gbit/s actuel à 10 Gbit/s. Et le nombre d’utilisateurs par antenne va augmenter, c’est un peu comme si l’on passait d’une autoroute à deux pistes à une route à dix voies», illustre Emmanuelle Badu, responsable du segment mobile pour la clientèle entreprise en Suisse romande.

Pour les voitures autonomes

Ce n’est pas tout. La latence, soit le temps de réponse entre un appareil et le réseau, va diminuer. «On passera de 35 à 45 millisecondes avec la 4G à 10 millisecondes, poursuit Emmanuelle Badu. Cela ne va rien changer pour votre smartphone. Mais pour la gestion des voitures autonomes, ce sera un pas de géant qui permettra vraiment de faire circuler tous ces véhicules.» Swisscom avait déjà testé une telle voiture en 2015 à Zurich et constaté que des réseaux mobiles ultra-rapides étaient nécessaires pour les véhicules autonomes – ils sont attendus sur les routes dès 2020.

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Swisscom estime aussi que la 5G va bouleverser le monde de l’entreprise. «Nous avons effectué un test chez Ypsomed, en installant directement des modules 5G dans cette entreprise, pour numériser toute la chaîne de production. Nous avons observé des gains en efficacité, en rapidité et en précision», rapporte Adrian Bolliger, responsable national du segment mobile pour la clientèle entreprise. Le fabricant de matériel médical Ypsomed, basé à Berthoud (BE), a ainsi notamment supprimé les PC industriels dans ses chaînes de production, tous les appareils étant reliés à un serveur central via la 5G.

Blocage politique et sanitaire

Tous les produits sont, en parallèle, suivis en permanence sur le site. Enfin, des employés ont été dotés de lunettes holographiques sur lesquelles sont projetées des informations sur les processus de production. Swisscom met ainsi en avant les avantages de la 5G pour l’économie. «Et cela permettra à coup sûr de maintenir, voire de créer des emplois en Suisse, en modernisant nos sites industriels pour les rendre extrêmement compétitifs», assure Adrian Bolliger.

Avec cet argument économique, l’opérateur compte amadouer le monde politique. Mais la partie est loin d’être gagnée. Elle est même pour l’heure perdue. En mars, le Conseil des Etats refusait, par une voix d’écart, d’assouplir la réglementation sur les antennes de téléphonie mobile.

Normes plus contraignantes en Suisse

Argument principal des opposants: les effets potentiels néfastes sur la santé. D’ailleurs, la Fédération des médecins suisses (FMH) estime que «du point de vue scientifique, il est préférable de renoncer à une hausse des valeurs limites», avant la publication de plusieurs études en cours.

La Suisse conservera ainsi une ordonnance fixant des valeurs de rayonnement non ionisant maximales dix fois plus basses que dans l’Union européenne. Et cela rend, de l’avis des opérateurs, la construction du réseau 5G quasiment impossible: il faudrait édifier davantage d’antennes pour respecter les valeurs limites actuelles, ce qui est jugé, dans de nombreuses villes, irréaliste.

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Swisscom, tout comme Sunrise et Salt, demande au Conseil fédéral d’agir. Ce dernier pourrait le faire sans avoir besoin de l'avis du législatif, car il suffirait de modifier l’ordonnance sur les rayonnements non ionisants. Mais, pour l’heure, Doris Leuthard, chargée du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication, n’a pas voulu agir dans ce sens.

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