L’économie suisse regorge de «champions cachés»

Etude L’économiste allemand Hermann Simon identifie des sociétés qui créent de la valeur

Peu connues, elles se trouvent principalement en Allemagne, en Autriche et en Suisse

L’économie d’un pays n’est pas faite de grands noms, mais d’une multitude de petites entreprises performantes. C’est le principe qui guide les recherches d’Hermann Simon depuis 1986. A cette date, l’Allemagne est devenue pour la première fois le plus grand exportateur du monde et l’entrepreneur et professeur d’économie décide d’en chercher l’explication.

«Certes, de grands noms émergeaient, comme Mercedes, BASF, Siemens, mais, en réalité, l’essentiel des exportations provenait de sociétés de taille moyenne du Mittelstand», a-t-il expliqué, de passage à Genève à la mi-mars pour une conférence organisée par la société de gestion Econopolis.

Il décide de creuser le sujet et découvre de petites entreprises de niche, leaders dans leur domaine, peu connues et développe une théorie pour les dénicher. Aujourd’hui, lui et la société qu’il a fondée, Simo-Kucher & Partners, des consultants en marketing et en stratégie, en ont identifié 1300 autour du monde, qui sont souvent des entreprises familiales. Ils ont déterminé trois critères pour faire partie de cette élite de «champions cachés»: être numéro un sur son continent ou numéro trois dans le monde; compter un chiffre d’affaires de moins de 5 milliards d’euros et ne pas être bien connu du grand public. Certaines, identifiés dans les années 1990, sont aujourd’hui des multinationales, comme SAP.

Ce phénomène n’est pas cantonné à l’Allemagne, il se retrouve aussi en Suisse. «Entre ces deux pays, le nombre de ces champions cachés par habitant est proche. En revanche, il chute dans des pays comme le Japon et encore davantage en France», souligne l’expert. Pour lui, cela ne s’explique pas seulement par le fait que ses équipes de recherche sont mieux dotées en Allemagne, où la société est basée. Il liste une série d’explications. Parmi elles, le fait que l’Allemagne a été seulement tardivement un Etat-nation, donc un entrepreneur devait rapidement se tourner vers l’exportation hors de son Etat pour se développer. Une explication qui s’applique donc également pour la Suisse ou d’autres petits pays.

En outre, il existe en Allemagne ou en Suisse d’importants clusters qui ont pu s’adapter. Hermann Simon prend l’exemple de la Forêt Noire, anciennement une région avec une concentration de sociétés actives dans l’horlogerie, qui se sont transformées et spécialisées dans les technologies médicales pour devenir leaders dans les outils chirurgicaux. A ces explications s’ajoutent les formations et l’ouverture des pays vers le reste du monde.

Hermann Simon parle peu des Etats-Unis, mais reconnaît que la Silicon Valley a enregistré un «succès spectaculaire et que l’Europe a raté ce train. Mais elle ne peut pas être la meilleure en tout.» Surtout, certains pays européens sont à la pointe dans des domaines beaucoup moins visibles que les géants américains de l’Internet, assure-t-il, tout en réalisant des produits essentiels au fonctionnement des géants de la Silicon Valley, comme des interfaces ou des capteurs. La même logique s’applique à la Suisse, où il voit des «champions cachés» dans tous les domaines. «Ces deux pays peuvent compter sur des secteurs bien plus diversifiés que les Etats-Unis, concentrés dans la pharma, la défense et la technologie, ou le Japon et la Corée, concentrés sur l’automobile et l’électronique.» En Suisse, précisément, Hermann Simon cite plusieurs entreprises disséminées dans le pays (lire ci-dessous), sans considérations linguistiques.

Alors qu’il prévoit de développer sa société à Genève ces prochains mois – elle est déjà implantée à Zurich, il minimise les dégâts potentiels du franc fort. «A long terme, la valeur des monnaies ne joue pas un grand rôle. Et on peut même dire, au contraire, que le franc fort va encore stimuler la productivité. A l’inverse, la chute de l’euro n’est pas une bonne nouvelle pour l’Allemagne, où les entreprises risquent de se reposer sur leurs lauriers», a-t-il encore prévenu.

«Avec la chute de l’euro, les entreprises risquent de se reposer sur leurs lauriers»