Etats-Unis

L'économie suisse sereine face à l'inconnue Trump

Les entreprises helvétiques affichent un discret optimisme à l’heure de commenter l’élection de Donald Trump. Certaines  pensent même pouvoir en profiter

Comme après chaque séisme d’une telle magnitude, l’économie suisse adopte en premier lieu une posture attentiste. Cela a été le cas avec l’abandon du taux plancher. Idem avec la votation en faveur du Brexit. Mercredi, cela s’est encore vérifié avec l’élection de Donald Trump. A l’heure actuelle, difficile de savoir quel impact cette élection aura sur les entreprises helvétiques.

Invité au Forum de la Haute Horlogerie mercredi à Lausanne, le spécialiste de l’Amérique Jean-Eric Branaa a d’abord jeté un coup de froid. «Imaginons que le Congrès, dans un accès de folie, suive Donald Trump dans ses envies de nouvelles taxations. Cela signifie que les montres suisses pourraient coûter 35% plus cher du jour au lendemain aux Etats-unis. Vos concurrents américains seraient ravis..!»

Mais le maître de conférences à l’Université Paris 2 – par ailleurs l’un des seuls auteurs à avoir rédigé une biographie de Trump et de Clinton – a vite rassuré son audience, composée essentiellement de représentants de l’industrie: «Je vous rappelle que Donald Trump a aussi dit: «I’m great, I’m huge, I’m fantastic, I’m rich… No. I’m very, very rich.» Il ne va pas s’en prendre aux très riches, parce que, selon lui, ils ont valeur d’exemple pour les jeunes Américains.» Selon toute vraisemblance, les montres suisses vont donc continuer d’habiller les poignets américains.

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Toutes marques confondues, l’industrie horlogère a exporté pour 2,3 milliards de francs de montres l’an dernier. Profitant du recul marqué à Hongkong, le marché américain est d’ailleurs en train de se réaffirmer comme son premier débouché.

Mercredi, les patrons horlogers ne se disaient guère inquiets – du moins pour la marche de leurs affaires. «Nous ne sommes ni General Motors, ni Apple. Les volumes de nos ventes là-bas sont encore minimes en comparaison d’autres industries», assurait par exemple le patron d’un grand indépendant. Et l’un de ses homologues de renchérir: «Notre marge de progression sur le marché américain est telle que celui ou celle qui est aux commandes de ce pays importe peu…»

13% des exportations suisses

Et les autres industries? Car les Etats-Unis sont le deuxième plus important partenaire commercial de la Suisse. En 2015, les exportations de marchandises ont atteint 27 milliards de francs (13% du total), en croissance de 6% sur un an. Plus de la moitié de ces envois, soit 14 milliards, sont des produits chimiques et pharmaceutiques. La part des entreprises de machines, d’appareils et d’électronique a atteint 3,4 milliards de francs.

A la clôture, l’indice phare de la bourse suisse SMI affichait une progression de 1,99%, porté par les actions d’Actelion (+5,67%), Roche (+5,02%) et Novartis (+4,39%).

Cette réaction des marchés s’explique par les mesures évoquées par Hillary Clinton, qui avait promis de faciliter l’importation de médicaments meilleurs marché aux Etats-Unis durant sa campagne. «Le fait que la présidence et le Congrès soient républicains est le scénario le plus favorable pour le secteur pharmaceutique», a estimé la banque Bordier & Cie dans une note mercredi.

Les pharmas respirent, l’industrie espère

Le marché américain représente une part importante du chiffre d’affaires des deux géants bâlois. Novartis a ainsi réalisé près de 33% de ses ventes aux Etats-Unis au troisième trimestre, alors que cette part a atteint 37% chez Roche après neuf mois. Un marché essentiel aussi pour plusieurs sociétés suisses actives dans les techniques médicales: au premier semestre, il représentait 37% du chiffre d’affaires du fabriquant zurichois d’appareils d’aide auditive Sonova, et plus de 27% chez le spécialiste bâlois des implants dentaires Straumann.

Philippe Cordonnier, membre de la direction de Swissmem, décèle par ailleurs une potentielle bonne nouvelle dans l’élection de Donald Trump: sa volonté de réindustrialiser les Etats-Unis. «Elle pourrait profiter à des fournisseurs suisses de machines, d’appareils de production, de produits de niche dans le domaine aéronautique, automobile ou de la défense.»

Surveiller l’évolution du billet vert

Pas si sûr. Analyste chez Credit Suisse, Christine Schmid est moins optimiste: «Le programme d’investissement dans les infrastructures de Donald Trump ne devrait pas concerner des sociétés suisses, mais plutôt des groupes américains.»

Pour elle, l’évolution du dollar par rapport au franc constituera le véritable élément déterminant pour l’économie suisse. Un recul du billet vert renchérirait automatiquement les produits suisses à l’étranger. Par ailleurs, «certaines entreprises suisses disposent d'activités considérables aux Etats-Unis, par exemple UBS dans la gestion de fortune. Leurs importants revenus en dollars seront pénalisés lorsqu’ils seront traduits en francs», ajoute l’analyste.

Reste à voir quelle proportion des promesses électorales de Donald Trump deviendront réalité. Car, comme l’a rappelé Jean-Eric Branaa devant un public encore sous le choc, Donald Trump reste imprévisible. Lors d’une interview il y a quelques mois, il avait d’ailleurs déclaré: «Les programmes c’est juste pour les campagnes. Quand je serai élu, vous verrez bien ce qu’il se passera…»

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