Réformes

L’économie version Macron, attractivité et inégalités

Les investissements étrangers en France ont fait un bond de plus de 30% en 2017. Mais plusieurs économistes proches d’Emmanuel Macron s’inquiètent d’un modèle trop «anglo-saxon»

Que retenir des débuts de la présidence Macron sur le plan économique? Deux sons de cloche opposés se font entendre ces jours-ci. Pour le cabinet EY, les chiffres à retenir sont ceux des investissements étrangers, en hausse en 2017 avec 1019 projets annoncés, soit un bond de 31% par rapport à 2016. Mais pour les économistes Philippe Aghion, Jean Pisani-Ferry et Philippe Martin, tous trois proches de l’actuel président français, le compte social n’y est pas: «L’ambition émancipatrice du programme présidentiel échappe à un nombre grandissant de concitoyens», assènent-ils dans une note adressée à l’Elysée et révélée ce week-end par le quotidien Le Monde.

Les statistiques d’EY sont une photographie. Elles confirment, au vu des annonces d’implantation ou de développement faites par les entreprises étrangères, que la France est redevenue attractive, talonnant l’Allemagne et le Royaume-Uni, toujours en tête du classement européen avec 18% de l’investissement direct étranger en 2017. Mais elles ne peuvent pas être interprétées comme une preuve du seul «effet Macron».

Les réformes entamées à la fin du quinquennat Hollande avaient déjà permis un premier bond de 29% des investissements étrangers en 2016. Et l’impact du Brexit mine pour l’heure l’attractivité britannique, conduisant d’importantes entreprises à songer au transfert de leurs sièges sociaux sur le continent. Les banques américaines JP Morgan et Morgan Stanley, piliers de la City de Londres, viennent ainsi d’annoncer le renforcement de leurs effectifs parisiens.

«Pouvoir indifférent à la question sociale»

La note écrite par les trois économistes catalogués «macroniens» est, elle, une analyse dans la durée, et au-delà des chiffres. Inspirateurs du programme présidentiel, Philippe Aghion, Jean Pisani-Ferry et Philippe Martin prennent en compte l’ensemble des mesures économiques sociales et fiscales décidées depuis les législatives de juin 2018. Leur note ne porte donc pas sur des annonces (toujours susceptibles d’évoluer, voire d’être infirmées), mais sur des textes de lois ou des décisions budgétaires, passés au crible des promesses électorales du candidat Macron.

Résultat: une critique du poids politique des ministres issus de la droite en charge des questions économiques et financières (Bruno Le Maire aux Finances, Gérald Darmanin au Budget), et une inquiétude devant «l’image d’un pouvoir indifférent à la question sociale». L’accent mis sur le redressement des finances publiques (via les coupes budgétaires) et sur la réforme du marché du travail (plus de flexibilité) a, selon ce trio d’experts, laissé de côté la correction des «inégalités d’accès» et le besoin de protection. Les trois économistes déplorent en particulier l’abandon, par le pouvoir, de la promesse (très coûteuse) d’ouvrir les droits au chômage à tous les salariés démissionnaires et aux indépendants.

Au centre de ce débat: la réduction du déficit budgétaire, dont Emmanuel Macron a fait le pilier de son action, pour obtenir la confiance de son partenaire allemand afin de réformer la gouvernance de la zone euro. Et la nécessité de casser l’image de «président des riches»: la note révélée par Le Monde propose ainsi «une taxation plus lourde des très grosses successions» afin de mettre à contribution les plus gros patrimoines, bénéficiaires de l’abrogation partielle de l’impôt sur la fortune.

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