Éditorial

Les leçons de l’entrée en bourse de Facebook

ÉDITORIAL. En 2012, lorsque le réseau social entrait au Nasdaq, nous prédisions, à tort, une funeste destinée en bourse. La période actuelle nous pousse aussi à être pessimistes. Pour d’autres raisons

Il y a exactement sept ans, les deux auteurs de cet éditorial publiaient un article intitulé «Facebook: l’action à ne pas conseiller à un ami»Le réseau social s’apprêtait à faire une entrée en bourse en fanfare. Cet événement boursier de l’année suscitait enthousiasme et scepticisme à la fois. Nous étions clairement dans le deuxième camp. Nous n’avions pas anticipé les déboires du désormais géant de la Silicon Valley avec la protection des données, non. Nous n’avions simplement aucune confiance dans sa capacité à devenir autre chose qu’un gadget numérique surévalué, dont les promesses de rentabilité étaient minces.

La bourse nous a donné raison pendant quelques semaines, puis, n’ayons pas peur de le dire, nous nous sommes magistralement trompés: la valeur du titre Facebook a été multipliée par presque cinq depuis son arrivée à Wall Street et le groupe encaisse des milliards de bénéfices. Les polémiques, aussi virulentes soient-elles, n’y changent rien.

Qu’en est-il aujourd’hui, alors qu’une nouvelle vague d’entrées en bourse se produit à New York? Nous pourrions changer de tactique et prédire des envolées boursières pour toutes ces «licornes». Quitte à nous tromper de nouveau, restons prudents. Pour des raisons différentes. Certes, comme Facebook à l’époque, la plupart de ces sociétés perdent de l’argent, parfois par milliards. Mais ce n’est pas le plus inquiétant.

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Les entreprises qui s’ouvrent cette année aux investisseurs ont en moyenne dix ans d’existence. Une moyenne qui s’établissait à moins de sept ans quand le réseau social s’est lancé et à peine trois ans au début des années 2000. Trois ans: c’est exactement l’âge qu’avait Amazon, un des immenses succès de la bourse, lorsqu’il s’y est introduit en 1997. En d’autres termes: sa croissance était largement devant lui. Ce n’est plus le cas d’Uber, fondé il y a dix ans, déjà présent en masse autour du globe et dont la croissance s’essouffle.

Comme dans le cas de son concurrent Lyft et de beaucoup d’autres de ces sociétés, la stratégie de l’entreprise californienne a consisté à inonder le marché en cassant les prix. On ne voit pas encore comment cette domination lui permettra de gagner de l’argent, d’autant que les réglementations pourraient ne jamais évoluer en faveur de ces sociétés. Lyft, Uber, mais aussi Slack ou Zoom, sont en outre des entreprises dont le modèle peut être copié et qui évoluent dans un marché où les barrières à l’entrée de nouveaux acteurs sont quasi inexistantes.

En 2012, peu de monde pouvait imaginer que Facebook allait survivre à ses concurrents. Presque personne ne croit aujourd’hui qu’Uber va devenir l’Amazon des transports. A moins que…

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