L’invité

Leçons de l’histoire pour une économie libre

Que devrait «faire» la France pour repartir du bon pied? Inciter aux libertés économiques, ne pas être coercitif par la loi, laisser jouer les talentueux dans un environnement concurrentiel, leur donner les moyens de se mesurer aux autres à armes comparables en particulier fiscales!

L’économique et la musique ont une exigence commune, faire appel au génie charismatique d’un chef d’exécution pour coordonner les talents, et ainsi satisfaire avec bonheur le plus grand nombre. Mais n’est pas chef qui veut: de Gaulle, Churchill, Margaret Thatcher, Schröder ou Angela Merkel pour l’un et Karajan ou Bernstein pour l’autre.

En économie, «la difficulté n’est pas de concevoir mais de permettre de réaliser», faisait observer Jacques Rueff au général de Gaulle au crépuscule des «longues nuits funèbres» de la IVe République.

Si la gauche détenait le savoir-faire économique au lieu de s’accrocher à un «idéal d’égalitarisme», alors en 1936 le Front populaire n’aurait pas conduit le pays «dans l’abîme en 1940». Les années de la IVe République ne se seraient pas soldées par le déficit vertigineux de la France dans le climat de la guerre civile de mai 1958.

C’est alors que Charles de Gaulle se rend disponible pour conduire le pays. Jacques Rueff lui affirme sa confiance dans le redressement par ces mots: «J’accepte, mon Général, que l’idée que vous vous ferez de moi soit directement liée au résultat du plan que je vous propose», sublime commentaire d’un virtuose de l’économie.

Les temps changent. Quarante économistes engagés ont voulu peser à la dernière minute sur l’élection présidentielle en 2012, sous le regard d’une presse bienveillante. Certains recevront des distinctions dans l’ordre de la Légion d’honneur. Une anecdote me vient à l’esprit: lorsque, en 1969, Georges Pompidou apprend d’un industriel que celui-ci se flatte d’avoir contribué généreusement à sa campagne présidentielle, le président lui rétorque: «Le candidat Pompidou vous remercie, mais le président ne vous doit rien.»

Le poids du clientélisme politique 

Servir le pays semble s’être métamorphosé en servir sa clientèle par idéologie. Après une stabilité relative maintenue lors des deux crises pétrolières, en 1981, la gauche est aux affaires pour imposer une économie de clientélisme et d’égalitarisme, politique sanctionnée par quatre dévaluations, un déficit budgétaire et le chômage. Le tout diverge depuis plus d’un tiers de siècle. Milton Friedman prescrivait quelques années plus tôt de toujours mettre la liberté avant l’égalité si l’on voulait obtenir un peu plus des deux.

Les talents subissent l’effet pervers de la pression fiscale voulue au nom d’une justice de classe. Ils quittent l’orchestre: difficile de jouer la partition en France, fût-elle la meilleure. On prête à Charles de Gaulle cette analyse: «Les socialistes sont d’éternels utopistes… Ils gaspillent toujours la plus grande partie des crédits.»

La colère de Gérard Depardieu me paraît n’être qu’une forme d’expression moderne de cette opposition légendaire qu’incarne, dans la mythologie, Antigone. La légitimité s’oppose à ce qui est la loi, mais si le droit n’est pas juste, alors…

Les institutions fixent les modalités de la fiscalité entre les mains de l’exécutif, mais la pratique connaît depuis plus de 35 ans une dérive stupéfiante. La fiscalité est devenue ce qu’elle n’était pas, un instrument au service des partis politiques et de leurs idéologies. Ainsi, les fonds publics sont généreusement distribués par les élus au nom de la réalisation des promesses de campagne. Le phénomène est sans précédent chez nos voisins. Servent-ils la nation?

Le poids de la fiscalité française

La créativité française, inépuisable pour inventer des dispositions fiscales nouvelles, trouve son origine à la fin des années 1970, avec l’imposition des plus-values des valeurs mobilières, alors qu’en parallèle la valeur de notre monnaie se détériore. En 1981, l’IGF, devenu l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune), est connu pour ses effets pervers et excessivement lourds pour la plupart des assujettis, voire inquisiteur. Depuis 35 ans, le législateur, de droite comme de gauche mais toujours en opposition, a multiplié les mesures correctives au prix d’une complexité sans pareil par des dispositions instables et fluctuantes. Prélever 1% du patrimoine lorsque les intérêts du capital sont de 10% ou de 1%, ce n’est pas la même chose! Tout cela accrédite l’idée d’un impôt injuste aux origines dogmatiques.

Un investisseur européen résidant hors de nos frontières est mieux traité qu’un autre résidant en France. En un demi-siècle, la propriété de nos entreprises a échappé aux résidents. A qui la faute? Les créations de richesses, comme Apple, Google, Amazon, Samsung ou Swatch, sont désormais impossibles en France. Leurs fondateurs font la fierté nationale de leur pays. Ces industriels et entrepreneurs ne sont jamais insultés ou menacés par leurs ministres comme on l’a observé depuis 2012, même si le comportement de certains semble évoluer.

Que «faire»? Inciter aux libertés économiques, ne pas être coercitif par la loi, laisser jouer les talents dans un environnement concurrentiel, leur donner les moyens de se mesurer aux autres à armes comparables, en particulier fiscales, investir dans la formation aux techniques nouvelles. François Fillon porte le message dans son combat pour la France. Puisse-t-il être entendu et compris!

Puisse le pays réduire ses dépenses, redresser son économie pour satisfaire avec bonheur le plus grand nombre, et la République demeurer «la souveraineté du peuple, l’appel de la liberté, l’espérance de la justice.»

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