Innovation

L’écosystème des fintechs suisses se développe

La Suisse avait pris du retard, mais les start­up misant sur les technologies financières commencent à éclore. Elles sont désormais près de 160 dans tout le pays, alors que les établissements développent aussi leur recherche dans ce domaine

Une sur onze. Lorsque se crée une start­up fintech – contraction de «finance» et «technologie» – dans le monde, il y a près de 10% de chance que cela se produise en Suisse. Mais, car il y a un «mais», si les initiatives se multiplient, elles semblent manquer de financement, selon une étude publiée au mois de novembre par le courtier en ligne IG Bank Switzerland. Car si les fintech suisses commencent à être plus largement représentées au plan mondial – sur un total de 1233 entreprises ­, elles ne récoltent que 0,7% des fonds investis dans ce domaine.

De fait, la plus grande levée de fonds par une start-up basée en Suisse s’est produite en octobre dernier. La zurichoise Knip et son application pour gérer ses assurances ont obtenu un financement de près de 15 millions de francs. On est loin des records américains. Au moment de son entrée en bourse, Lending Club, une plateforme pour rassembler investisseurs et entreprises cherchant des prêts, a levé 870 millions de dollars.

Lire l'éditorial. Embrassons la fintech sans attendre!

L’Allemagne devance la Suisse

Cela, alors que les investissements ont plus que triplé dans le monde entre 2013 et 2014, selon l’étude. Même en Allemagne, moins connue comme une place financière, les investissements ont été 40 fois supérieurs. Signe que la Suisse a pris du retard sur la Silicon Valley, Londres, Berlin et l’Asie du Sud­Est où la technologie investit toujours plus le monde de la finance.

«La Suisse possède tous les éléments requis pour croître dans le domaine des fintech. Toutefois le processus se révèle plus long que dans les autres pays européens, principalement à cause des problématiques culturelles et réglementaires», explique Andreas Ruhlmann, analyste chez IG Bank.

La place helvétique revient de loin: «Il y a deux ans, le mot «fintech» n’existait même pas, rappelle Alexandre Gaillard. On parlait alors simplement de services financiers («financial services»). Désormais tous les acteurs de la place financière s’y mettent, souligne le fondateur et directeur d’InvestGlass, qui a aussi participé à la création de l’association Swiss Fintech, fédérant quelque 2000 sympathisants. Les banques, les sociétés externes, souvent informatiques, qui fournissent des services aux banques, la bourse suisse, «tout le monde veut participer et, surtout, tout le monde semble vouloir aller dans la même direction», se réjouit-il.

La faute au secret bancaire

Si la Suisse a pu traîner, c’est en partie en raison du secret bancaire. «La valeur ajoutée du système bancaire suisse a reposé pendant très longtemps sur la discrétion et le secret bancaire, explique-t-il. Soit l’exact opposé de l’échange d’informations qui est à la base des fintechs.» N’en demeure pas moins que la place financière semble avoir pris conscience, cette année, de l’enjeu que représentent pour elle les fintechs. La preuve? «Toutes les banques suisses ont désormais des collaborateurs spécialisés, des chief information officers», explique-t-il. Ce, alors que les établissements traditionnels ont d’abord regardé d’un mauvais œil des technologies risquant de cannibaliser leurs revenus.

Swisscom, qui s’intéresse aussi de près à tous les développements dans le domaine technologique et montre également un intérêt pour les services financiers en fabriquant des logiciels bancaires, a même réalisé un recensement de toutes les start-up suisses de ce secteur.

A fin novembre – le géant télécom remet à jour sa «Fintech map» tous les mois – la place financière helvétique comptait 157 sociétés, davantage que selon IG Bank qui en cite 111. Le plus grand nombre sont actives dans l’investissement et la gestion d’actifs, TrueWealth, une société zurichoise étant l’une des plus connues sur ce segment. Viennent ensuite l’assurance, le conseil, les plateformes de comparaison et d’informations qui regroupent 30 start­up. A cela s’ajoutent 26 sociétés concentrées sur les paiements électroniques, mobiles ou les transferts de fonds. Les monnaies virtuelles comptent 18 sociétés, selon le recensement. Petites pour la plupart, ces sociétés emploient en moyenne quatre à cinq personnes, selon des experts.

Interagir avec les clients via WhatsApp

Antoine Verdon s’intéresse aux fintech depuis quelques années et a lui aussi observé un «boom» du secteur cette année en Suisse, conduisant au développement d’un écosystème et a lancement d’événements, conférences ou associations. «Les banques ont toutes lancé des programmes internes de recherche, des accélérateurs pour start-up financières ont vu le jour à Genève (Fusion) et à Zurich (F10 de SIX).» Pour ce consultant indépendant installé à Zurich il y a deux explications centrales à cette éclosion: l’évolution des technologies, qui ouvre la voie à de nouveaux modèles, et le changement des habitudes des consommateurs. «Aujourd’hui, les chats sont le moyen privilégié des jeunes pour communiquer, explique-t-il, y compris avec leur banque. La Banque cantonale de Glaris permet d’ailleurs à ses clients d’interagir via WhatsApp», poursuit-il.

Pour Antoine Verdon aussi, la Suisse a encore du retard à rattraper. Il manque notamment à la place helvétique une grande société fintech. En outre, observant les acteurs qui émergent, il considère qu’il s’agit «la plupart du temps de technologies copiées de l’étranger». Pourtant, les bases se mettent en place. La réglementation évolue de façon «positive»: «À partir de l’année prochaine, les Suisses devraient pouvoir s’identifier et ainsi ouvrir un compte en ligne sans devoir se rendre physiquement dans une agence bancaire, souligne-t-il. Comme c’est déjà le cas aux États-Unis ou en Allemagne. Et puis des discussions sont en cours pour assouplir la limite de 20 investisseurs pour des projets issus d’entreprises qui ne sont pas au bénéfice d’une licence bancaire. C’est ce qui limite à présent la croissance des modèles d’investissement de particulier à particulier («peer to peer»)», poursuit-il. Autant d’initiatives qui, selon lui, devraient donc bénéficier à l’innovation financière.

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