Télécoms

L’écrasement de Huawei, symbole de la puissance de Google

L’embargo que veut imposer Washington à Huawei, interdit d’utiliser le système d’exploitation Android de Google et ses applications, démontre l’extrême dépendance des fabricants de smartphones à son égard. Trouver des alternatives s’annonce compliqué

Après le choc, la réplique. Mardi, quelques heures après l’annonce des Etats-Unis de l’interdiction imposée à Google de travailler avec Huawei, la société chinoise a répondu. «Le personnel politique américain, par ses façons de faire à l’heure actuelle, montre qu’il sous-estime notre force», a affirmé Ren Zhengfei, directeur de Huawei. La multinationale chinoise affirme ne pas être impressionnée par le blocus qu’elle devra subir – notamment parce qu’elle devra se passer des mises à jour du système d’exploitation Android et des applications clés de Google. Mais au-delà des paroles, Huawei, comme tous les autres fabricants de smartphones, est dans une situation de faiblesse extrême face à l’hyperpuissance de Google.

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Un chiffre résume cette situation: 85,9%. C’est la part d’Android sur le marché des smartphones à l’échelle mondiale, selon la société américaine de recherche IDC. Apple est numéro deux avec les 14,1% détenus par son système iOS pour iPhone. Et il n’y a pas de numéro trois: aujourd’hui, aucun autre système d’exploitation pour mobile n’a de part significative. C’est le cas depuis 2018, selon IDC, et ce sera le cas au moins jusqu’en 2023, affirme la société de recherche, dont les prévisions ne dépassent pas cette date. Apple réservant son système iOS à ses propres iPhones, c’est dire la dépendance de Samsung, Sony, HTC, Nokia et des chinois OPPO, OnePlus, Xiaomi, Vivo et bien sûr Huawei à Android.

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Tentatives avortées

Lancé en 2008, Android a conquis le monde via un modèle d’affaires que l’on peut résumer ainsi: Google livre gratuitement sa plateforme aux fabricants de smartphones. En échange, la multinationale américaine gagne de l’argent via la publicité générée via ses propres applications pour Android, telles Gmail ou YouTube, sans parler des commissions prélevées sur les ventes d’applications via son Play Store.

Certains fabricants de smartphones ont tenté de créer leur propre système d’exploitation pour réduire leur dépendance à Google. Le coréen Samsung a développé le système Tizen, qu’il n’a plus mis à jour depuis deux ans. Le canadien Blackberry a cessé d’utiliser son propre système au profit… d’Android. Microsoft a abandonné le développement de Windows Phone en 2017. Quant au coréen LG, qui a acquis le système WebOS en 2013, il ne l’a pas proposé sur ses smartphones.

Une seule solution

Aujourd’hui, Huawei détient environ 30% du marché chinois des smartphones et 18% du marché mondial. Il vend la moitié de ses téléphones sur son marché domestique. L’empêcher d’accéder non seulement aux nouvelles versions d’Android, mais aussi aux applications majeures de Google, est donc un coup dur pour la société chinoise. Pour les clients chinois de Huawei, cela ne changera rien: Google étant banni dans le pays dès 2010, leurs smartphones tournent avec une version open source d’Android, sur laquelle aucune application de la société américaine n’est présente. Par contre, il sera difficile pour des propriétaires de smartphones Huawei basés en Europe, en Asie ou en Amérique du Sud de renoncer à Google Maps, YouTube ou le Play Store.

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Si l’embargo américain contre Huawei devait être confirmé, la société chinoise n’aura qu’une solution: développer son propre système d’exploitation. Selon des rumeurs, elle développe son système, baptisé Hongmeng, depuis 2012. Mais il n’a jamais été lancé en Chine et rien n’indique qu’il soir prêt pour un lancement à l’international ces prochains mois. Quand bien même Huawei parvenait à lancer rapidement Hongmeng, il lui faudra convaincre des consommateurs d’adopter un système peut-être performant, mais inconnu. Et surtout, un système sans les services de Google. Dernier obstacle à franchir pour Huawei: convaincre des centaines de millions de développeurs d’applications d’en créer pour son futur magasin. Un défi qui s’annonce énorme, ces développeurs devant déjà lancer des programmes différents pour iOS et Android.

Alliance chinoise?

Pour Huawei, le seul espoir – hormis un apaisement des tensions entre Pékin et Washington – est une alliance avec OPPO, Xiaomi ou OnePlus. Si ces sociétés devaient aussi être frappées par un embargo américain, elles pourraient aider Huawei à tenter de populariser son hypothétique futur système d’exploitation.

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