Economie

Lecture. Le modèle français du capitalisme

Lecture.

Ces Messieurs de Lazard. Martine Orange. Albin Michel. 346 pages

«Le pouvoir, c'est une réflexion dans un miroir. C'est quelque chose qu'on vous prête mais qui n'existe pas», selon Michel David-Weill, l'associé qui a longuement présidé la banque Lazard, mais qui visiblement a davantage régné que gouverné. Car la banque d'affaires qui a dessiné les contours du capitalisme français a perdu son aura. Elle est cotée en Bourse américaine et a établi son siège social aux Bermudes. Triste fin? Un vaste déclin et surtout un changement de modèle.

Le magnifique livre de Martine Orange raconte la saga de cette famille juive, de quatre fils lorrains qui arrivent à San Francisco au début de la ruée vers l'or et s'établissent ensuite à Wall Street. Il offre les clefs de cette réussite: «Le secret de Lazard, c'est le secret.» Une stratégie qui a longtemps réussi. Car ses associés, les Weill, Bernheim, Meyer, Rohatyn sont au cœur du pouvoir. Lazard, c'est aussi un feuilleton, celui des fusions et acquisitions, une formidable aventure, une prise de risques calculée et de très haut niveau. 1964, c'est la première à lancer une OPA hostile, contre le groupe pétrolier Franco-Wyoming. Un groupe de dirigeants prend le train pour le Delaware et prend physiquement le contrôle de la société à l'occasion de l'assemblée générale. 1968, c'est l'OPA hostile de BSN, avec Lazard, sur Saint-Gobain. Un échec, mais aussi le début d'une grande amitié entre Antoine Riboud et Michel David-Weill. C'est aussi la banque qui a évité les nationalisations. Mais Jacques Attali, le sherpa de Mitterrand, n'a-t-il pas travaillé avec Antoine Riboud lors de son rachat de Kronenbourg? Toujours est-il que le critère qui définit les banques nationalisées place la barre à 1 milliard de francs de dépôts. Etonnamment, Lazard n'a que 983 millions. Plus tard, lorsque le gouvernement privatise, d'abord par Saint-Gobain, c'est Lazard qui est choisi pour conseiller l'entreprise. A son conseil d'administration, Bruno Roger, un courtisan au carré.

La banque a toujours su jouer de cet enchevêtrement entre la politique et l'économie.

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