C'est le livre le plus important jamais écrit sur le pétrole, selon le Prix Nobel de chimie Richard Smalley. C'est en tout cas le plus célèbre et le plus discuté dans les milieux pétroliers. Matthew Simmons sème davantage qu'un doute sur l'idée d'un pétrole encore longtemps abondant et bon marché en Arabie saoudite. Car la plupart des économistes pensent que les champs pétroliers resteront durablement généreux. Certains croient même qu'il y aura davantage de pétrole en 2100 qu'aujourd'hui.

Fort de ses trente ans d'expérience dans cette industrie et de plus de 200 rapports techniques indépendants, il analyse les chiffres à disposition et contredit le message officiel. Ce dernier voudrait nous faire croire que l'Arabie sera capable de produire entre 20 et 25 millions de barils dans vingt ans, soit le double d'aujourd'hui et que les réserves «prouvées» s'élèveraient à 260 milliards. Matthew Simmons démontre qu'au contraire la production est à son pic, s'il ne l'a pas dépassé. Il n'existe qu'une maigre chance de voir le premier producteur d'or noir atteindre le volume attendu par les prévisionnistes. Nonante pour cent du pétrole arabe produit sont issus de sept champs pétroliers, tous matures et âgés. Les trois plus grands sont en exploitation depuis cinquante ans. Leur production a pu être maintenue par des techniques d'injection massive d'eau.

Le crépuscule du pétrole arabe signifie parallèlement le début du déclin de la production globale de pétrole et une cascade de changements structurels dans l'économie. Ainsi qu'en géopolitique: combien de guerres n'ont-elles pas été déclenchées pour des raisons liées à l'approvisionnement énergétique?

Admirablement écrit, passionnant, le livre nous apporte, durant la première partie, les clés de l'industrie pétrolière, l'histoire de l'Arabie saoudite et de ses champs d'or noir, depuis la première concession accordée au Néo-Zélandais Frank Holmes et rapidement vendue à Gulf Oil, jusqu'à la rencontre d'étonnantes figures de la politique du siècle dernier. Les anecdotes ne manquent pas, telles l'initiative de Harry Philby, le père de l'agent de Staline en Angleterre, qui arrangea une rencontre avec le roi Abdul Aziz pour le convaincre d'investir dans l'eau. Ou l'audace des initiatives pétrolières d'industriels américains, en pleine crise des années 30, quand le baril ne valait que 10 cents. Simmons s'en prend à divers mythes, explique les défis économiques d'un pays qui fait face à une explosion démographique et offre un PIB par habitant 50% inférieur au plus pauvre des pays de l'OCDE.

L'analyse proprement dite des champs pétroliers arabes constitue la deuxième moitié de l'ouvrage. Matthew Simmons, qui n'est ni environnementaliste, ni engagé politiquement, élabore aussi un plan B, ce que peu de gouvernements osent. Il décrit les mesures à prendre si ses propres estimations sont exactes. Et tentent d'estimer les conséquences sur les prix du baril.