L'entrepreneur et commerçant à succès Otto Ineichen (63 ans) n'a pas attendu sa première entrée au Conseil national pour manifester son engagement social et politique. Elu l'automne dernier sous les couleurs radicales du canton de Lucerne, le fondateur de la chaîne «Otto le Soldeur» – plus de 70 succursales en Suisse actuellement sous l'enseigne «Otto's» – s'est aussi signalé en réunissant des personnalités de diverses tendances politiques autour d'une «communauté de protection des PME et de leurs assurés» après l'introduction du «modèle Winterthur de prévoyance professionnelle».

Mais l'action parlementaire ne lui suffit pas. Face à la lenteur des procédures politiques, Otto Ineichen s'attaque aux problèmes de la Suisse dans un livre polémique de 200 pages qui vient de paraître sous le titre Was läuft schief? Wege zu einer erfolgreichen Schweiz (Qu'est-ce qui ne va pas? Pistes pour une Suisse qui gagne).

L'ouvrage dresse un constat documenté de la dégradation de la compétitivité du pays en se basant sur les études récentes. Pour contrer ce déclin, l'entrepreneur recense tout un catalogue de propositions et de revendications à l'adresse du monde politique surtout, mais aussi économique et financier. Diplômé de l'Université de Saint-Gall, Otto Ineichen tire ainsi parti de ses connaissances approfondies du monde de l'entreprise. Il ne faut pourtant pas s'y tromper, il ne s'agit pas là d'un ouvrage scientifique mais de l'analyse polémique d'un entrepreneur confronté à une politique trop souvent réduite à des lenteurs procédurales plutôt que portée par des débats d'idées.

C'est surtout le poids grandissant des dépenses publiques et sociales qui domine les craintes de l'entrepreneur lucernois. Pour y remédier, Otto Ineichen veut supprimer les fonctions inutiles et les privilèges des employés fédéraux. A son gré, une part de 10% à 20% de leurs salaires devrait, par exemple, être liée à la performance. Pour mener à bien une véritable réforme de l'administration, il propose notamment d'introduire un nouvel organe de conduite composé d'un maximum de vingt spécialistes de l'économie privée, auquel seraient dévolus les domaines personnel, finances, informatique et infrastructures.

Déterminant pour la capacité d'innovation des entreprises, le système de formation doit lui aussi être refondu. Et cela dès l'enseignement primaire qui doit être uniformisé dans toute la Suisse en tirant un trait sur les coûteuses particularités cantonales (Kantönligeist). Pour sauver la Suisse, Otto Ineichen veut surtout surmonter les clivages politiques traditionnels. En l'espace de trois ans, il entend s'attaquer à sept défis majeurs qui concernent la compétitivité, l'administration, la santé, les assurances sociales, l'éducation, le monde agricole et, enfin, l'asile et la politique des étrangers.

Le discours d'Otto Ineichen évoque d'ailleurs souvent celui de l'UDC et de Christoph Blocher. La politique des étrangers et de l'asile est même placée au premier rang des freins à la croissance. A cause du regroupement familial qui induirait une proportion majeure de personnes sans activité professionnelle. La politique d'immigration des années 1970 et 1980 était trop orientée sur les emplois peu qualifiés. D'où le niveau élevé d'un demi-million d'emplois faiblement rémunérés. Ce qui se traduirait aujourd'hui par des charges sociales alourdies. Même si le Lucernois ne manque pas de souligner qu'au niveau des assurances sociales AVS/AI, la contribution des étrangers dépasse les prestations qu'ils reçoivent. Mais Otto Ineichen se démarque aussi de l'UDC, notamment en insistant sur la nécessité d'une déréglementation du marché intérieur et en soulignant les conséquences négatives d'un échec des bilatérales II avec l'UE.