Economie

Lectures. Une nomination malheureuse à l'origine du déclin d'ABB

Que de mutations traversées par le groupe industriel ABB depuis sa

Que de mutations traversées par le groupe industriel ABB depuis sa naissance à la suite du mariage du suédois Asea et du suisse Brown Boveri (BBC) à la fin de 1987. Sur le point de se remettre de la crise la plus grave de son histoire, ABB doit finaliser cette année la vente de sa division pétrochimique et obtenir un accord définitif au sujet des plaintes liées à l'amiante aux Etats-Unis. Alors que les effectifs du groupe s'élevaient à 215 000 personnes en 1997, il n'en comptera que 100 000.

Dans un ouvrage qui vient de paraître en allemand, ABB, la vision trahie *, le journaliste alémanique Werner Catrina revient sur la naissance, les ambitions et le déclin du groupe, auquel il avait déjà consacré un ouvrage en 1991 intitulé BBC: Gloire, Crise, Fusion. La lecture des divers chapitres se révèle souvent très prenante. Werner Catrina nous fait (re)découvrir les personnages clés de cette période, même si ceux-ci semblent trop souvent cités pour étayer le propos de l'auteur. Il a notamment rencontré le patron actuel Jürgen Dormann et même, en juin 2003, Percy Barnevik. Mais ce dernier n'accepte de parler que sous certaines conditions: pas de citation sur la crise ABB ni sur le scandale de l'indemnité de retraite faramineuse.

Célébré au début des années 90 comme un exemple d'expansion et d'intégration, le modèle d'organisation très complexe mis en place par Percy Barnevik deviendra de plus en plus difficile à conduire, alourdi par une multitude d'acquisitions souvent peu rentables. Et les réorganisations successives n'arrangeront pas les choses. En 1996, au faîte de sa puissance, cumulant les fonctions de président du conseil, de la direction et des responsables des finances, Percy Barnevik finit par imposer au conseil d'administration – d'abord résolument opposé – la nomination de Göran Lindahl à la direction opérationnelle. Les trois autres candidats évincés, soit Eberhard von Koerber, Sune Karlsson et Armin Meyer, aujourd'hui patron de Ciba SC, finiront par s'en aller.

L'ère Lindahl est donc présentée comme celle du déclin. En clair, l'échec d'un grand rêve ou d'une vision tient surtout à la nomination usurpée ou malheureuse d'un successeur ou disciple dévoyé. Le mythe initial reste ainsi sauf. Même si Werner Catrina ne manque pas de souligner les ressemblances entre le mentor et son élève. Les cessions, en 1999 et en 2000, des techniques ferroviaires (trains) et des centrales électriques sont présentées comme deux étapes clés de la trahison ou de la dilapidation de l'héritage de BBC et d'Asea. Car ces produits emblématiques d'ABB induisaient des commandes pour d'autres secteurs. La perte de substance du groupe était masquée en Bourse par l'euphorie de la nouvelle économie. Göran Lindahl rêvait de faire d'ABB un groupe à la Microsoft, orienté vers le savoir et l'information. Les commentateurs s'accordent à dire que le livre n'apporte pas de révélations marquantes, notamment sur le rôle joué par le financier Martin Ebner, administrateur depuis 1999. La lecture de ce déclin n'en laisse pas moins une vue saisissante des mutations d'un groupe industriel et du pouvoir effarant de quelques hommes dépassés par les circonstances.

«ABB Die verratene Vision», Werner Catrina, Orell Füssli Verlag, 2003.

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