L'«effet Greenspan» opère-t-il encore? L'efficacité du président de la Réserve fédérale américaine semble diminuer à l'usage. Avec le très probable abaissement des taux d'intérêt attendu aujourd'hui, qui ne sera jamais que le septième cette année, l'effet de répétition est garanti. Problème: déjà largement escomptée par les marchés des actions, la prochaine action de la Fed devrait faire figure d'un coup d'épée dans l'eau. Du moins si elle se limite à 25 points de base, ramenant les taux de 3,75%, déjà leur plus bas niveau depuis 7 ans, à 3,5%. Explication: en juin, la Fed avait déçu le marché avec une baisse de 25 points, après l'avoir habitué à 50 points lors des cinq baisses précédentes. Désormais, à moins d'une surprise telle qu'une baisse d'un demi-point, les marchés bâillent déjà d'ennui.

Mais il reste un signal réellement attendu de la réunion du comité de la Fed: les vues d'Alan Greenspan à moyen terme par rapport aux deux principaux risques, à savoir le ralentissement de la croissance et l'inflation. L'institution indiquera en effet pour lequel de ces deux risques elle penche. Si elle conserve son biais en faveur de la croissance, le marché escomptera de nouvelles baisses de taux au quatrième trimestre ou au début de 2002.

Point de repère des investisseurs

En réalité, l'effet Greenspan est plus perceptible sur les marchés boursiers que sur l'économie réelle. Instrument monétaire pourtant destiné à agir sur cette dernière, tant les actions que les discours du Chairman représentent surtout un soutien d'ordre psychologique aux actions. C'est par le biais de la Bourse que, souvent, la rhétorique d'Alan Greenspan devient réalité. La cause revient au rayonnement largement symbolique de l'homme qui personnifie la Fed. Point de repère des investisseurs, l'économiste de 75 ans exerce une influence très directe sur les marchés financiers, réalisant par là même la prophétie de sensibilité des actions aux taux d'intérêt. L'homme fort de la Fed, dont le conservatisme légendaire le pousse à s'exprimer en termes énigmatiques, prête à une diversité d'interprétations de ses discours, qui a donné droit de cité à tout un lexique qui va jusqu'à distinguer entre des expressions telles que «nous serons vigilants» ou «alertes». En «greenspanologie», on apprend en outre qu'il faut juger ce qui est important dans les interventions du gourou de l'économie par le temps qu'il passe à en parler: chômage, inflation, prix des actifs, productivité de l'emploi… En périodes de marchés volatils, la sensibilité à l'effet Greenspan se voit par ailleurs amplifiée. Mais au final, c'est le comportement de la majorité des investisseurs en réponse à l'action de la Fed, plutôt que l'effet réel de celle-ci, qui est source d'influence: les marchés bougent sous l'effet de décisions individuelles de millions d'investisseurs.

Au niveau de l'économie réelle, la politique agressive de baisses de taux paraît a posteriori disproportionnée par rapport à son imperceptible résultat. En effet, sept mois après le renversement de tendance de la Fed avec le premier abaissement de taux le 3 janvier de 6,5% à 6%, les signes de reprise sont faibles. Malgré un indice américain des indicateurs avancés en hausse de 0,3% pour juillet, les derniers chiffres de la Fed indiquent que la production industrielle a reculé sur 10 mois consécutifs, plus long déclin depuis la récession de 1982. Mais patience. Sachant qu'historiquement, les baisses de taux ont mis 12 à 18 mois pour commencer à avoir un impact sur l'économie, il est possible qu'aucune des actions de la Fed cette année n'ait encore agi sur l'économie.