Le mois de janvier occupe une place singulière dans la mythologie boursière. L'existence d'un «effet janvier» a été très bien documentée aux Etats-Unis. De nombreux chercheurs ont montré que le premier mois de l'année était particulièrement favorable aux actions. Entre 1927 et 2001, les actions américaines ont progressé en moyenne quatre fois plus en janvier que pendant n'importe quel autre mois, ont ainsi constaté Robert Haugen et Josef Lakonishok dans leur ouvrage intitulé The Incredible January Effect. Les petites capitalisations seraient spécialement sujettes à ce phénomène.

Plusieurs facteurs y concourent. A commencer celui des flux. Entre décembre et janvier, les Américains perçoivent leurs bonus et leurs comptes d'épargne retraite sont crédités. Autant de milliards de dollars qui alimentent la demande en actions dès le début d'année. Mickaël Mangot, auteur d'un livre sur la psychologie des marchés, souligne aussi la tendance des particuliers à débarrasser leur portefeuille en décembre des valeurs qui ont trop baissé, pour des considérations fiscales, puis à les racheter en début d'année. Les institutionnels procèdent pour leur part à des opérations de «window dressing»: sachant que leurs fonds vont être scrutés de près par leurs clients, ils les nettoient des titres les moins connus et les plus risqués en décembre, quitte à miser de nouveau sur eux en janvier dans l'espoir de stimuler leurs performances.

Ces explications rationnelles seraient confortées par la psychologie: le démarrage d'une nouvelle année suscite un élan d'optimisme propice à une plus grande agressivité des investisseurs. «Leur moral s'affermirait d'autant mieux que les jours s'allongent», explique Mickaël Mangot, allusion aux «désordres affectifs saisonniers», dont les effets sur les opérateurs sont prouvés dans les deux hémisphères. Très médiatisé et donc de mieux en mieux anticipé, «l'effet janvier» a perdu de sa force et semble avoir glissé depuis quelques années vers décembre voire novembre.

Mais les adeptes de maximes calendaires peuvent toujours s'en remettre à «l'autre effet janvier», celui selon lequel «il en va du reste de l'année comme de janvier». Cette croyance populaire bien enracinée voudrait que l'évolution des actions en janvier augure de la tendance boursière de toute l'année. Pour Jeffrey Hirsch, auteur du fameux Stock Trader's Almanac, les cinq premières séances de janvier suffiraient même à donner le ton pour les onze autres mois, l'indicateur fonctionnant d'autant mieux que le marché est haussier.

Cet «effet baromètre» s'observe également sur d'autres classes d'actifs, affirme Mensur Pocinci, analyste technique chez Credit Suisse. «Depuis 1971, le dollar a baissé par douze fois contre le franc en janvier, scénario qui nous semble le plus plausible en 2006, et dans dix cas le billet vert a achevé l'année sur un recul.» Quant au SMI, «janvier lui a été favorable par neuf fois depuis 1988, augurant par sept fois d'une année en hausse». L'effet janvier apparaît moins pertinent en cas de baisse: les huit mois de janvier négatifs observés depuis dix-sept ans n'ont engendré que trois fois des années négatives.