L’effet du libre-échange sino-suisse est contesté

Commerce Le traité avec Pékin a un an. Statistiques et expériences du terrain divergent

«Je comprends qu’il faille un peu de temps pour sentir un effet. Mais par rapport aux efforts et aux promesses qui ont été faites, on est en droit d’être un peu déçus». Interrogé par Le Temps fin 2014, ce patron de l’Arc jurassien résume un sentiment qui n’est pas rare, au sujet de l’accord de libre-échange entre la Suisse et la Chine.

Signé le 1er juillet 2014, il célèbre ce mercredi une année d’existence. «L’accord contribue beaucoup à l’élargissement du réseau commercial de la Suisse dans le monde. Il ouvre de nouvelles perspectives aux branches d’exportation suisses, particulièrement mises sous pression par le franc fort, et préserve l’emploi dans notre pays», s’est félicité le Secrétariat d’Etat à l’économie, mardi.

Et le Seco de faire les comptes: entre juillet 2014 et mai 2015, les exportations vers la Chine ont augmenté de 3%. Pendant ce temps, les ventes totales de marchandises «swiss made» ont progressé dix fois moins vite. Ce que le Seco ne dit pas, c’est qu’en 2013, avant l’entrée en vigueur du traité, les ventes suisses en Chine avaient gonflé de 10,7%. Soit 30 fois plus que pour l’ensemble des exportations. «Ce n’est pas du tout une déception. Cette progression des ventes reste positive, sachant que la croissance chinoise n’est plus aussi vive que par le passé», réagit Christian Etter, le négociateur en chef du Seco. Les effets réels de cet accord restent incertains, comme en témoignent les réactions récoltées au fil de cette première année. «Cet accord n’est pas une baguette magique», tempère par exemple notre témoin jurassien, actif dans l’industrie. «Un an, c’est court, lui répond Christian Etter. Il faudrait attendre au moins un cycle conjoncturel de quatre ou cinq ans pour porter un jugement significatif».

Dans Le Temps, fin avril, Bryan Mercurio, professeur de droit à Hong Kong, regrettait cette absence de gains rapides. «En général, ils sont immédiats. Ici, il faudra attendre cinq à dix ans pour que les droits de douane soient réduits.» Et de regretter que seuls quelques secteurs en sortent vraiment gagnants: la pharma, les machines ou l’horlogerie.

Un climat de confiance

A ces doutes, les experts, ceux du Seco en tête, répondent que ce traité a au moins amélioré le climat de confiance économique entre Suisses et Chinois. «Les entrepreneurs me disent que cet accord leur ouvre des portes», témoigne Christian Etter. L’intérêt des PME pour ce marché de 1,4 milliard de consommateurs a explosé, répète aussi régulièrement Swiss Global Enterprise, l’office de promotion des exportations. La Chine montre également des signes de confiance. La pharma Tasly, le conglomérat Fosun ainsi que plusieurs banques se sont installés ou veulent s’installer en Suisse, a observé la NZZ . Parmi elles, la China Construction Bank a choisi Zurich. Elle devrait permettre à la Suisse de devenir l’un des hubs européens du négoce de renminbis.

Certains y voient un effet direct de la libéralisation des échanges entre les deux pays. D’autres rappellent que Londres et Francfort ont eux aussi signé un accord avec la banque centrale de Chine. Au printemps 2014.