S’il n’y avait pas Le Canard enchaîné, l’horizon social apparaîtrait presque dégagé pour Emmanuel Macron et son premier ministre, Edouard Philippe. Ce mercredi encore, l’hebdomadaire satirique français a de nouveau publié des informations gênantes pour la ministre du Travail Muriel Pénicaud, alors qu’elle entamait ses premières discussions avec les députés, après le vote de confiance au gouvernement (370 voix sur 577) à l’Assemblée nationale.

La cible du volatile le plus redouté de France est toujours la même: en janvier 2016, alors qu’elle était responsable de Business France, l’organisme chargé de promouvoir l’attractivité de l’Hexagone, Muriel Pénicaud aurait sciemment violé les règles relatives aux appels d’offres pour organiser à Las Vegas une soirée «French Tech» dont le héros n’était autre… que le ministre Emmanuel Macron. Un dossier peu reluisant pour l’actuel chef de l’Etat français, dont l’implication directe n’apparaît pas, mais qui cherchait à cette époque à attirer les projecteurs par tous les moyens.

Pas de choc syndical

Pour le reste, le ciel social apparaît plutôt dégagé, à la veille de la présentation à l’Assemblée du projet de loi d’habilitation qui, une fois voté, permettra au gouvernement de réformer le Code du travail par ordonnances. On connaît l’objectif: un plafonnement des indemnités prud’homales, une responsabilité accrue de négociations au niveau des branches et des entreprises, la possibilité de toucher les indemnités chômage en cas de démission, la fusion des différentes instances représentatives au sein des entreprises…

On sait aussi que la CGT, pilier de la résistance contre la loi El Khomri sous le quinquennat Hollande (finalement adoptée en urgence), a prévu une journée d’action le 12 septembre. Mais pour l’heure, le choc annoncé n’est pas au rendez-vous. «Le gouvernement a trouvé la martingale pour faire passer la pilule», écrit l’éditorialiste spécialisé du Monde Michel Noblecourt.

CGT isolée

La raison? Elle est double. La première est que l’exécutif a compris qu’il fallait isoler la CGT, sans la mettre le dos au mur. Tout est donc fait pour convaincre la CFDT réformiste et Force ouvrière (FO), syndicat bien représenté au sein des fonctionnaires. En plus des réunions qui vont se tenir tout l’été, un sommet des partenaires sociaux pourrait avoir lieu le 28 ou 29 août. FO, qui défend les accords de branche «à l’allemande», semble déjà avoir obtenu gain de cause. La «positive attitude» s’est installée, comme si l’effet Macron avait aussi dynamité les syndicats, résolus à ne pas apparaître comme des seuls facteurs de blocage.

La seconde raison est le pragmatisme du gouvernement. L’annonce de la future réforme du Conseil économique et social en instance de concertation permanente plaît aux syndicats, qui veulent avoir leur mot à dire sur l’évolution de la société. Une proposition de l’Allemand Peter Hartz, artisan des grandes réformes de l’ère Schröder, sur la création d’un «radar de l’emploi» pour «identifier et localiser tous les emplois dans les services» est aussi disséquée, en misant sur le «momentum» engendré par la faible décrue du chômage en 2016. L’an dernier, 255 000 emplois ont été créés en France, où l’on continue de dénombrer plus de trois millions de chômeurs.