Revue des idées économiques

L’effet de Tchernobyl sur l’emploi

La santé joue un rôle majeur sur le marché du travail. Une étude se penche sur les liens de causalité entre l’accident de Tchernobyl le 26 avril 1986 et l’emploi en Ukraine deux décennies plus tard.

La littérature économique regorge d’études sur le lien de causalité entre la santé et la performance sur le marché du travail. Aujourd’hui un nombre croissant d’études s’attache à évaluer l’effet à long terme d’un choc exogène sur la santé et les indicateurs économiques.

Deux chercheurs de l’IZA (1) analysent l’accident de Tchernobyl, qui s’est traduit par des radiations supérieures à la bombe de Hiroshima. Un thème intéressant au moment où beaucoup veulent investir dans le nucléaire. D’autres études plus ou moins anciennes portaient aussi sur ce thème du choc externe sur la santé, que ce soit sur la grande famine en Chine (1959-61), la grippe espagnole (1918) ou les bombardements du Vietnam dans les années 1960. L’étude de l’IZA porte d’abord sur le lien entre la dose de radiation et la santé des individus deux décennies plus tard. En termes économiques, on considère l’accident comme un choc externe dont les effets se mesurent à long terme.

Les auteurs, Lehmann et Wadsworth, emploient les données officielles ukrainiennes de 2003, 2004 et 2007 sur 4’300 ménages et 8’800 individus de plus de 16 ans. Ils ajoutent que l’irradiation ne peut être simplement définie par rapport à la distance avec la centrale nucléaire. Les vents, leur vitesse, la présence ou non de forêts, la topographie ont par exemple joué un rôle clé. On sait que 50’000 personnes de la zone hautement contaminée ont été évacuées dans le mois suivant l’accident.

Dans un deuxième temps, les auteurs se demandent si la connaissance du niveau de radiation sur un individu permet d’évaluer son impact sur sa santé et sur son emploi.

Premier point intéressant: les personnes exposées en avril 1986 à un haut degré de radiation présentent une probabilité 11% plus élevée que les autres de se déclarer en mauvaise santé. Pourtant les auteurs affirment que rien ne permet de démontrer qu’ils sont effectivement en mauvaise santé. Cela suggère que l’effet à long terme de ce choc s’observe au niveau des perceptions.

Sur le marché du travail, la population analysée se compose à 60% d’adultes ayant un emploi; 38% d’entre eux sont engagés dans la production de leur propre alimentation. 0,8% des personnes interrogées travaillaient à Tchernobyl ou dans sa liquidation et 0,6% sont des personnes évacuées du site. Les chercheurs n’observent aucune différence majeure auprès des personnes ayant résidé dans une zone hautement irradiée en termes de poids, d’alcoolisme ou d’occurrence de problèmes cardiaques ou de tuberculose. Ces observations renforcent l’idée d’un impact à long terme sur les perceptions.

L’analyse de l’effet de radiation sur l’emploi est bien réel, mais il n’est pas toujours statistiquement significatif. Les individus des régions plus contaminées travaillent en moyenne deux heures de moins par semaine. L’étude ajoute que les personnes en mauvaise santé ont une probabilité d’avoir un emploi 22% plus basse que les autres. Ici également l’analyse statistique n’est toutefois pas significative. Comme l’affirment les auteurs eux-mêmes, l’étude est un premier pas dans la recherche sur l’effet à long terme d’une telle catastrophe.

(1) The impact of Chernobyl on health and Labour Market Performance in the Ukraine, Harmut Lehmann, Jonathan Wadsworth, september 2009, Institute for the Study of Labor, IZA DP 4467

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