Dévaluation

L’effet Trump accentue la dévaluation de la monnaie chinoise

La force retrouvée du dollar, l’incertitude sur la nouvelle politique américaine à l’égard de Pékin et la fuite des capitaux de Chine poussent le yuan à la baisse

La monnaie chinoise a subi cette semaine sa plus grande baisse depuis le début de l’année face à un dollar américain revigoré par l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. «Malgré l’engagement public des autorités chinoises à maintenir la stabilité de leur monnaie, celle-ci pourrait encore poursuivre sa chute et s’échanger à sept yuans contre un dollar d’ici à février 2017», pronostique Christopher Dembik, économiste en chef de la banque Saxo à Paris.

Ironie de l’histoire, le président élu qui, tout le long de sa campagne électorale, a accusé les autorités chinoises de manipuler le yuan à la baisse, ne pourra rien leur reprocher. «La dévaluation est mécanique, conséquence de la force retrouvée du billet vert constatée depuis dix jours», explique Christopher Dembik.

Guerre commerciale

En réalité, après un premier moment de doute, l’élection de Donald Trump a fini par créer un climat de confiance dans le monde des affaires. Surtout après que le Républicain a réitéré sa volonté d’investir 1000 milliards de dollars dans un programme de relance économique. Son engagement a propulsé vers le haut non seulement le dollar mais aussi les prix des métaux industriels (acier, cuivre, aluminium, zinc, nickel), indispensables dans les constructions d’infrastructures publiques.

La dévaluation du yuan est aussi le fruit de l’incertitude autour de la politique qu’adoptera le nouveau président à l’égard de la Chine. Durant sa campagne électorale, celui-ci n’avait cessé de menacer d’imposer des tarifs douaniers pouvant aller jusqu’à 45% sur les importations chinoises. De quoi alimenter une guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis. Mais de l’avis général, Washington ne pourrait se permettre un tel scénario à moins de vouloir se tirer une balle dans le pied. Et pour cause: une surtaxe frapperait un grand nombre d’entreprises américaines qui fabriquent leurs produits dans les usines chinoises.

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L’économiste de la Banque Saxo n’y croit pas non plus. Selon lui, Donald Trump a besoin des capitaux chinois pour financer son plan de relance par le biais des obligations d’État. Les Chinois en sont actuellement les principaux détenteurs et sont toujours prêts à investir davantage. «Le président élu est conscient de sa dépendance envers le géant asiatique et ne prendra aucune mesure pouvant effaroucher Pékin», dit-il. En effet, aussitôt après son élection, Donald Trump a eu un entretien téléphonique avec son homologue chinois Xi Jinping. A l’issue duquel il a salué une conversation marquée par un «respect mutuel» et la volonté d’établir «des relations fortes entre les deux pays».

Réserves en devises en baisse

«Tout compte fait, l’impact de l’élection de Donald Trump sur la monnaie chinoise n’est qu’un épiphénomène», minimise Christopher Dembik. En effet, il impute la baisse du yuan aussi à la fuite des capitaux de Chine vers d’autres pays plus rassurants. Selon un sondage effectué par l’agence Bloomberg, une majorité d’analystes s’inquiète des réserves en monnaies étrangères qui ne cessent de fondre depuis plusieurs mois. Une somme de 44,7 milliards de dollars aurait fui le pays en septembre, un record depuis janvier 2016. Plus inquiétant, la fuite s’est poursuivie malgré plusieurs mesures prises pour stopper hémorragie.

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